Francisco López – untitled #370

nowhere worldwide www.franciscolopez.net Biologiste et musicien, Francisco López a depuis longtemps acquis l’usage du monde. Ils sont peu nombreux qui comme lui ont autant voyagé, à la recherche des dynamiques sonores de chaque lieu. On ne trouvera pourtant nulle trace volontaire de poésie dans ses très nombreuses œuvres et si la plupart sont sans titre (« untitled ») c’est pour éviter toute tentation romantique. Soit, Francisco López n’est pas le double musical de Nicolas Bouvier et c’est à la recherche de la carte sonore du monde qu’il se rue, de la formule alchimique du grain acoustique, de la réverbération. Que l’on approche le galet de granite du microscope voire de la loupe, et le massif ou la lande où il a été ramassé s’évanouissent, au profit d’une cartographie minérale. La pièce présentée ici, untitled #370, ne déroge pas à cette règle quasi générale dans l’œuvre de Francisco López d’une approche transcendantale. Une heure de voyage au cœur […]

Troum & Monocube – Contemplator Cæli (LP)

Transgredient www.dronerecords.com Il y dans le musique de Troum un attrait certain pour la circularité, et de la même manière les thèmes qui traversent la musique du duo allemand tournent autour de motifs réguliers : la dissolution, la contemplation, le lien des êtres et des choses avec le cosmos primordial, la stimmung… Héritiers assumés du Romantisme allemand, Troum déclinent cette « nostalgie de l’unité » avec leurs instruments de prédilection : guitare, accordéon, mélodica, mais aussi des voix, tissées avec les instruments sur le vaste métier nocturne où le traitement électronique (ou l’érosion électronique pour reprendre l’expression de Michael Begg) joue la navette. Les réseaux d’amitié, les affinités musicales, ont fait que Troum est malgré cette inclination pour la mélancolie, le contraire d’un groupe isolationniste, et leurs collaborations sont nombreuses. Ici, c’est avec un musicien ukrainien jouant sous le nom de Monocube, dont l’univers parcouru de drones de guitares est très proche de celui de Troum. C’est donc une […]

Michael Begg – Sonambulo

Omnempathy www.omnempathy.com Cela débute sous une lumière nocturne, ou pour le moins vespérale, et c’est dans cet espace liminal entre chien et loup que se loge toujours la musique de l’Écossais Michael Begg. Une lumière qui s’éploie sur quatre notes, déjà mélancoliques, surplombant de peu un bourdon à peine exhumé. Michael Begg est le musicien qui s’éveille au crépuscule comme d’autres à l’aube. Il est le somnambule musical, à la lettre : il arpente la pente la plus nocturne des musiques bourdonnantes. L’album Sonambulo rend compte d’un travail effectué en résidence au Mexique durant les dernières semaines de 2018, et s’inspire en particulier de l’œuvre de l’artiste britannique Leonora Carrington, qui déjà avait jeté un pont vers le Mexique en s’y installant. Une évidence s’impose dès que l’on suit le travail de Michael Begg : sa musique se teinte toujours d’un reflet extérieur, souvent romantique mais il se peut aussi qu’il s’agisse d’une pensée politique (Dirt On […]

Michael Begg – Vanitas

Omnempathy www.omnempathy.com « Souviens-toi que tu vas mourir. » Au 17e siècle, il n’était pas rare que des hommes puissants commandent des peintures dites Vanités. Elles devaient leur rappeler la fugacité des plaisirs et des richesses terrestres, l’inéluctabilité du trépas. Aux côtés d’un assemblage hétéroclite figurait le plus souvent un crâne, emblème de la destination finale. La nuit sans rêve, l’après sans temps. Il est peu de musiciens plus nocturnes que Michael Begg qui, lui, est bien vivant. Sa nostalgie de la nuit le pousse à s’y retrancher alors que tout et tout le monde aux environs est plongé dans le sommeil. D’autres comme lui ont laissé toute peur de cet espace / temps qui renvoie au monde des origines et anticipe la dissolution finale. Michael Begg, alors que tout le monde s’absente au fond de soi, que tout est tranquille dans le cœur noir de la nuit, met à profit l’hétéroclite de son arsenal sonore. Le […]

William Basinski – On Time Out of Time

Temporary Residence www.temporaryresidence.com   Le problème du temps est un paramètre important pour saisir l’œuvre de William Basinski. Pour l’essentiel il en joue comme s’il n’existait pas. Il crée des blocs de pure mélancolie, excellant dans l’artifice de la l’immobilité : Basinski est le magicien de la boucle. Aussi bien, c’est le problème de toute musique, art du déroulement plus que tout autre. Comme le cinéma peut leurrer avec le plan fixe, le musicien peut avec le drone et la boucle laisser croire à la suspension du temps, autant dire l’accès à l’éternité. On ne s’étonnera pas que le musicien américain ait été sollicité pour interpréter en musique les ondes produites par la fusion de deux trous noirs, telle qu’elle s’est produite il y a plusieurs centaines de millions d’années et qu’elle a été captée par le laboratoire LIGO. Le son ne se propage pas dans l’espace, les ondes gravitationnelles oui. Basinski les a déroulées, en […]

Francisco López – Sonic Fields Vlieland (carte USB)

Nowhere Worlwide www.franciscolopez.net  Résidant depuis plusieurs années aux Pays Bas, Francisco López a été sollicité par le collectif artistique Soundtrackcity qui programme des « promenades sonores » à travers différents lieux. Ici l’île de Vlieland qui recèle des environnements naturels comme il en reste peu, réserve de nature intouchée. López, en artiste des dynamiques du son, en scientifique également puisqu’il a été professeur de biologie, travaille depuis de nombreuses années sur la nature du son et, pendant longtemps, ses sources n’étaient que rarement dévoilées. Depuis quelque temps, il semble s’être réconcilié avec l’endroit, je veux dire qu’il consent de nouveau à circonstancier ses travaux, et il propose à l’écoute des compositions attachées fortement à des lieux. Ici, le rapport est incontestable puisque, sur différents sites de l’île, accessibles à bicyclette ou à pied, il a placé des bornes permettant d’écouter in situ, une composition associée à cette station. Quant à la musique, il est intéressant d’entendre combien […]

Murcof – Lost In Time

Glacial Movements www.glacialmovements.com  Il s’agit ici de la réédition CD d’une bande-son, un travail très ambitieux initialement publié en 2014 sous forme de double disque vinyle. Murcof alias Fernando Corona, est connu depuis ses premiers albums sur le label Leaf, au commencement du siècle, pour la finesse de ses compositions électroniques. Ceux qui y entendent les échos d’une musique plus ancienne, plus installée également, du baroque au modern classical, ne sont pas dans l’erreur. Le projet de Murcof est de retrouver par un mode d’expression contemporain, l’outil numérique et plus largement électronique, les mêmes écailles de blanc qui revêtent les compositions les plus sobres de musiciens distants dans le temps mais pas dans l’esprit. Son travail récent avec la pianiste Vanessa Wagner propose une nouvelle approche de l’interprétation de pièces empruntées à un répertoire minimaliste de cette ampleur (M. Richter, M. Nyman, R. Sakamoto, A. Pärt, G. Ligeti, E. Satie, Aphex Twin…). Les Variations Goldberg, […]

Galati – Gletscher

Psychonavigation Records www.psychonavigationrecords.com   Y a-t-il plus intense expérience de déterritorialisation que celle de la dissolution ? Roberto Galati, que tous les sons de son instrumentarium, des cordes aux touches, accompagnent dans sa traduction de l’expérience de la glace, Roberto Galati accomplit dans une même démarche les deux exils. Dans les glaciers du Pakistan, du Tibet ou du Groenland, il étend sa conscience au-delà des limites de son corps, et nous dit qu’il pense avoir trouvé ici la source du panthéisme primitif. La traduction musicale qu’il opère, comme sur ses précédents travaux (voir Fear Drop 17), manifeste dans le même temps cet isolement dont la longue traînée d’harmoniques contient plus que de la mélancolie, et la puissance statique des monuments de glace. D’anciennes divinités pourraient bien s’y encaver, leur chant filtre alors dans la musique de Galati. L’épanchement romantique qui s’en écoule rappelle à bien des endroits cette beauté de la tristesse que le duo Troum […]

Mirt – Vanishing Land

BDTA bdta.pl   J’ai déjà évoqué la qualité paysagiste de Mirt, telle qu’il l’a démontrée sur l’album Artificial Field Recordings par exemple. Qu’il s’agisse de synthétiseurs, de sons trouvés, de field recordings même (des vrais), tout est matière et relief dans la composition d’une bande-son qui couvre un paysage complet. L’album Vanishing Land, pensé d’abord comme la compilation de trois EP, complété par des interludes et des morceaux inédits, n’échappe pas à cette règle, et sa construction elle-même donne naissance à une nouvelle entité sonore. À l’intérieur des morceaux tout d’abord, l’on assiste au déploiement organique des sons : bourdon, pulsation, pépiement. Stratifiant ainsi sa musique subtilement vascularisée, Mirt s’adosse aux monuments de Zoviet*France ou Rapoon, ajoute sa pierre à l’édifice d’une musique matricielle. Dès l’instant que ce regard est posé, on comprend les réverbérations comme les palpes ou les vaisseaux d’un paysage sonore en expansion. Toute synthétique qu’elle soit en bien des endroits, la musique […]