And Also The Trees – The Devil’s Door

www.andalsothetrees.co.uk

https://andalsothetrees.bandcamp.com/album/the-devils-door

 

L’inclinaison « américaine », ou du moins blues, suivie le temps de trois albums au milieu des années 90 par And Also The Trees, a confirmé leur ineffaçable signature. La coloration « fifties » s’était imprimée mais n’avait en rien oblitéré l’identité du groupe, portée principalement par la voix veloutée, mi-parlée, mi-chantée de Simon Huw Jones, et par la répétition obstinée de motifs courts et envoûtants de Justin Jones.

Redevenue plus pastorale depuis quelques années, balayant de nouveau les landes et les éternels crépuscules des collines lointaines, la musique du groupe anglais semble à chaque album marquer une nouvelle borne d’un terrain familier. Le rythme, celui d’une marche en 4/4 légèrement balancée, leur est coutumier et c’est tout naturellement qu’on l’entend sur le morceau The Silver Key, ouvrant l’album The Devil’s Door.

C’est ainsi que le souvenir, porté par le romantisme intrinsèque du groupe, se fait de nouveau page d’éternité. Chaque incursion dans sa discographie promet un temps retrouvé autant qu’un nouveau jour.

Les arpèges rapides et le delay de Justin Jones enrobent les parties rythmiques. Cette pluie délicate de cordes chaloupe et se fait dans le même temps texture, sur quoi les textes de son frère se déplient. Par endroit, le violon rejoint le paysage, ainsi que la voix de la violoniste, Catherine Graindorge. Quant à la section rythmique, essentielle, avant d’être enlacée par les cordes, elle marque le léger relief autant que le climat. Et si l’on tentait de superposer la musique de cet album aux toiles de Constable, basse et batterie figureraient ciels et chemins alors que la guitare oscillerait sans relâche comme herbes et feuilles dans le vent.

Pourtant, le champ reste ouvert, et dans cet album, quoiqu’invariablement enraciné dans la couleur et le style d’And Also The Trees, les musiciens s’autorisent une randonnée cosmique, comme si la nuit étoilée qui baigne parfois leurs pâtis stimulait une exploration sidérale – la première pour le groupe. On écoutera, envoûté, le morceau Rooftop, dans lequel, en réminiscence de Tangerine Dream, Justin Jones joue le synthétiseur Moog, affectant le son du Thérémine, avec ceci de remarquable qu’il imprime la modulation au glissando, signature à l’eau forte de son jeu de guitare.

Denis Boyer