taâlem
https://taalem.bandcamp.com/album/with-the-passing-of-time-kodi-16
Le musicien suédois Mathias Josefson alias Moljebka Pvlse conçoit ses morceaux comme les reflets, les traductions d’états limite. Il s’agit ici d’une anthologie de morceaux donnés au fur et à mesure des années pour des compilations digitales du label taâlem. Cela ne dilue en rien le profond regard sur l’âme humaine qui s’y plonge, et ces morceaux, bien que disparates, opèrent leur traduction à peu près tous dans le même langage esthétique.
Artiste prolifique, Moljebka Pvlse multiplie les variations sur le thème du dark ambient, mais pour cela il faut bien concéder quelques couleurs. Ici, elles s’accordent du gris au pourpre en passant par le sépia, miroirs au tain préparé pour refléter la mort, l’amour, l’attente, la solitude…
Plus directement, et suivant les crêtes des humeurs, la vague peut être ample, pré-mélodique et mélancolique à souhait, proche en cela des miroitements de Troum, comme sur le long premier morceau, When Endings Begin. Les bourdons accordés, les flots d’harmoniques, flot et jusant, évoquent aussi par endroit le canonique album de Hoedh, Hymnvs. La même gravité s’impose, qui par la superposition des vagues et de leurs densités respectives, peut aussi bien figurer une fenêtre ou, mieux dit, un puits vers le passé.
Mais ce n’est pas l’unique exercice de Moljebka Pvlse, cette compilation rend compte à cet égard des variations d’ambiance mais aussi de matériau. Il n’est pas rare que le musicien suédois convoque des sons concrets et c’est alors qu’un geste parent intervient, sculpte, tisse, allonge, fait tourner aussi. Plus granuleux, les morceaux bâtis ainsi ne sont pas moins évocateurs. Ils parviennent, bien que naissant dans le gris de leur ciel alourdi, à virer à l’orangé, tant le mouvement organique polit le matériau et l’échauffe. On retiendra ainsi les titres So Much No More et Drifting Northwards fermant et ouvrant respectivement le premier disque et le second de la version physique de cette compilation.
Ce sont la maîtrise, l’évitement permanent de l’emphase, la variété des sources et donc des couleurs sonores, qui concourent, et cette compilation le confirme, à faire de Moljebka Pvlse l’une des formations bourdonnantes à la fois les plus mystérieuses et les plus puissamment suggestives.
Denis Boyer

