d’incise – (aral)


Mystery Sea
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Considérer que Laurent Peter alias d’incise est un musicien de l’austérité est une idée qui ne passe pas l’écoute prolongée. Si le faible volume, l’espace qui se développe entre ses sons, le temps que leur expansion et leur conversation nécessitent pour coloniser la trame, peuvent suggérer une excessive tempérance, c’est avant tout un problème d’échelle, de perception. D’incise produit une musique de l’infime, et l’on assiste à sa levée de la musique, à sa quête d’un système de résonance, d’harmonie minuscule dans la collection de grains, de souffles, de fils. Avec cela, génie du lieu musical ou tropisme de vie, des gestes imperceptibles, des lumières ténues, dénoncent une construction dont la perfection minimale le dispute à l’architecture des radiolaires. Sur Mystery Sea, d’incise a donné (aral), jouant sur le nom du label, cette étendue primordiale qu’est la mer. Mais pour cela, aucun son liquide, car Aral est une mer disparue, un fantôme ; une musique de transition entre les états de l’eau, la poésie de sa disparition, un panorama des interstices peuplant l’infini aqueux. Dans cette uniforme surface, c’est le salé qu’a ainsi retenu d’incise, le grain dans le rouage ; l’événement prend corps dans l’indéterminé à la façon d’un mécanisme quantique. La recréation d’une harmonie dans cet arsenal de souffles, de crépitements, de vibrations luminescentes s’apparente alors à de la microscopie démiurgique.

Denis Boyer

2015-02-11