Jim Coleman – Trees


Wax&Wane
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On connaît principalement Jim Coleman comme membre du défunt groupe New-yorkais Cop Shoot Cop. Depuis la séparation, il a collaboré avec de nombreux musiciens tels Michael Gira, Mauro Teho Teardo ou encore Jim Fœtus, en compagnie duquel il avait formé le duo Baby Zizanie qui avait, il y a quelques années, enchanté la scène du Lieu Unique à Nantes. Leur belle musique ambiante d’alors aide à comprendre dans quel domaine se joue le premier album solo de Jim Coleman, Trees. Musicien depuis son plus jeune âge, il a appris l’harmonie et la mélodie, qui se complètent ici. On retrouve parmi les musiciens invités Phil Puleo (ex-membre de Cop Shoot Cop lui aussi) et les instruments mis en œuvre sont nombreux : piano, violoncelle, vents, synthétiseur… mais aussi samples de voix. C’est une richesse qui sert souvent le projet de Coleman mais qui, parfois, l’embourbe. Les densités se suivent, de la plus contrainte à d’autres plus affranchies des forces terrestres. Les cors (rappelant Hint) aident à ce transport et plus encore les nappes d’harmonie qui emmènent la mélancolie dans leur sillage. Les vents, alors nombreux, complètent les touches, forment un entrelacs qui gagne l’épaisseur de l’orchestre. Mais c’est à ce moment, sur plusieurs morceaux (Summer Heat en particulier), que le besoin de plus de simplicité se fait sentir tant l’ambiance se fait sentimentale. C’est que l’ouverture dépasse le chant de la vibration, les notes s’ajoutent pour devenir tristesse ostentatoire, ou appel de flûte. L’image est peuplée, trop peuplée, affligée, la réverbération la capture. Un tel manque de sobriété étonne, d’autant que l’on reconnaît sur une autre partie de l’album une composition tout aussi maîtrisée mais également moins marquée par le sentiment. Sur le morceau Tracks par exemple, le piano pleut avec humilité, aussi rond dans la boucle que la goutte qu’il fait se refléter sur la vitre. Tout le petit peuple musical qui le visite alors (à l’exclusion une fois encore des flûtes et des nappes de voix trop « relaxantes ») s’affaire très justement dans l’humidité et le reflet, choit dans l’écho métallique et se perd dans l’onde que les gouttelettes dessinent à la surface de la flaque. C’est avec de tels morceaux que Jim Coleman semble le plus libre, flou d’éclats lumineux encore tout anguleux ; comme il ne parvient pas à se perdre dans le bourdon – sans doute ne le souhaite-t-il pas – il semble s’épanouir dans la vague.

Denis Boyer

2013-02-13