Human Greed – Dirt on Earth: a pocket of resistance


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De loin en loin, la question de l’engagement politique revient dans le champ de la musique abstraite. En quoi une musique dénuée de paroles, de manifeste, peut-elle se charger de représenter un acte de résistance à l’encontre d’une force d’aliénation, d’une politique locale ou globale mettant à mal l’épanouissement de chacun et la sauvegarde des droits de tous ? C’est précisément en partant de cette possibilité de résistance, de la création d’une « poche » (le titre est inspiré par The Shape of a Pocket de l’écrivain John Berger) que Michael Begg a conçu le plus minimaliste de ses disques. Seul ici (on ne trouvera rien du travail avec son collaborateur habituel Deryk Thomas en dehors la reprise du morceau Kitchen Tools qu’ils ont offert il y a quelques mois au CD de Fear Drop 16), Michael Begg poursuit la route mélancolique qui fut esquissée dès les premiers disques de Human Greed mais véritablement éclaircie sur l’album précédent, le nocturne Fortress Longing. Ici encore, mais sans autant de décoration, le paysage est nuiteux, crépusculaire au plus clair, il se veine alors de vagues synthétiques orangées et allonge les rubans de son ciel, à la façon d’une calme respiration qui cherche sa fin, sa toute fin. La conception d’une telle beauté d’encre, qui résonne des mêmes profondeurs que celles bourdonnées par Troum ou Thomas Köner, porte assurément le sceau d’une résistance, celle qui met l’individu hors de toute atteinte, l’envoie au cœur de ses propres textures, en quête de ce qui, larmes ou os, souffle ou cil, lui semble désormais si familier dans les dessins de la musique. Le piano, les cordes, le drone, oui le bourdonnement qui se double, se triple, se déploie sur des vagues légèrement concourantes. Un écho comme une fin de voix, lointain, un tremblement non de faiblesse mais de puissance tellurique, comme la réverbération d’un son d’orgue, les échos d’une lumière métallique qui se perdent dans une brume atonale. Et puis le fredonnement, le fredonnement de ces mélodies à venir, qui nous gardent, où que nous soyons, de sombrer, alors qu’elles sont si sombres. Toute beauté mystique a sa lumière, celle-ci est reflet d’obsidienne, de jais, de vent d’hiver, de flux sanguin. C’est aussi, on le comprend alors, une force.

Denis Boyer

2012-09-29