Mirt – Artificial field recordings


Cat Sun / Monotype
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Il est question ici de liberté. Par trop de respect, ou de facilité parfois, le musicien (à qui il arrive d’être un autre que le phonographe) s’amourache de ses enregistrements de terrain (field recordings) au point de les laisser intouchés, ou peu s’en faut. Alors, sans distance, il oublie son rôle, son geste. T. Mirt n’a, quant à lui, que celui-ci en tête. Car des field recordings dans ce disque, il n’en a utilisé que très peu, au point de revendiquer leur forme entendue comme « artificielle ». Alors, à la façon des virtuoses naturalistes comme Cédric Peyronnet, il sculpte les sons primordiaux sans les capturer dans le milieu (on pense encore dans cette distribution des rôles à Brian Lavelle). Que donne une telle nature inventée ? Tout d’abord, la nature en musique, est toujours réinventée. Ici elle est crée de toutes pièces, ou plutôt de tous instruments : guitare, trompette, percussion, traitements informatiques comme ceux que l’IDM ambiante met en œuvre (Lusine…). C’est la fonction du paysage musical qui est retrouvée avec grande maîtrise. Ainsi, le fonctionnel a été préféré au formel, comme pour la fabrication d’un automate ou d’un organe artificiel. Les émotions naissent de mêmes aubes, de mêmes passages nuageux avec, en supplément, la liberté totale, du musicien mais surtout de l’auditeur, de laisser courir ses images mentales sans guidage. L’ébauche de mélodie fantôme n’est jamais absente de ces vagues lumineuses planant à la façon d’une brume au-dessus d’un monde de crépitements cadencés, les uns timides, d’autres inversement cherchant la distinction par leur rutilance. Viennent, à certains étages, des moments de grâce absolue, tels que le quatrième morceau où les instruments cités avancent et refluent à la façon d’une eau sur un crépuscule figé. Malgré leur fragilité, les boucles emplissent l’espace en couches monochromes. À ce point culminant de la tranquille vibration, la seule image pertinente est immersion.

Denis Boyer

2012-07-25