Feine Trinkers Bei Pinkels Daheim – Die Legende vom Heiligen Trinkers


Silken Tofu
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La matière musicale de Feine Trinkers Bei Pinkels Daheim est des plus fluctuantes, telle le courant du fleuve, elle peut s’étaler en surface ou rouler bord à bord vers le fond. Sur Die Legende vom Heiligen Trinkers, la formation de Jürgen Eberhard ne déroge pas, sa texture ambiante se chavire aux couleurs du ciel, et alors elle regarde vers les bas-fonds, dont la densité est toujours obscure, toujours dark. Le départ de cette belle œuvre ambiante kaléidoscopique se fait dans une sorte d’éveil : la boucle se vêt de faisceaux lumineux, à l’abord timide, qui reçoivent une voix féminine, son souffle, son murmure et son chant. Le rythme, la chaloupe, terminent de préciser l’incursion dans la figuration. Ces troublants équilibres miroitants rappellent à cet endroit de l’album les rutilances de Wild Shores. Mais la houille remonte des profondeurs éclairées, prend forme musicale, s’accole au chant devenu susurration, éloigne la ritournelle d’harmoniques, fait surgir les grommellements, colonise les paroles. La suite du disque mêle alors les teintes, joue de l’ocre, du vert et du gris, veine d’encre les tissages ambiants. L’ambivalence de cette musique postindustrielle s’étale alors dans tout son potentiel et, sinon dans sa forme, du moins dans ses effets, elle peut se comparer à celle de Contagious Orgasm ou Coil : le venin. Les vents résultant de forces considérables, des pulsations étouffées, des harmoniques limités à la queue de Léviathan, tout ensemble dans la plus totale tranquillité, dessinent un dark ambient qui se joue du sombre autant que de l’étincelant. Absolument scabreux. Absolument élégant.

Denis Boyer

2012-07-13