Human Greed – Fortress longing

Omnempathy / ICR
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Tel l’axolotl qui ne s’agite qu’aux deux points du jour, cette musique inquiète ne semble exister que dans ces moments où la lumière livre combat à l’obscurité. Et si le label la définit comme « night music », cela dépasse le lugubre. Aussi bien, lugubre, elle ne l’est absolument pas. Alors quelle dette à la nuit ou pour le moins au crépuscule la musique de Michael Begg contracte-t-elle ? Collaborateur de Colin Potter, Fovea Hex (on peut parfois entendre planer la présence de Clodagh Simonds) et 48 Cameras, accompagné du peintre (et musicien) Deryk Thomas (à qui l’on doit entre autres les pochettes des albums « aux lapins » de Swans), Michael Begg / Human Greed pose la note à l’endroit de sa naissance, où l’œil éclôt, que la lumière filtre à travers le brouillard d’obscurité primordiale sur le point de s‘évanouir au souvenir, jusqu’au moment fatal des retrouvailles avec la bouche d’ombre. Il s’agit de cordes allongées, manches et touches, soufflets, field recordings et objets détournés. Ces déploiements d’ocre, langues d’harmoniques patients, palpent et cherchent la mélodie. Dans cette quête délicate, le geste l’est tout autant : épanouissement quasi végétal, vibration pleine, descendant jusqu’au fil ténu de la dernière fractale en circonvolution. Et lorsqu’une autre grâce, plus expressionniste, est ainsi trouvée, elle se porte en récompense de tout ce chemin tissé, grosse de tous les bourdons et les accords lointains. Alors, orgues, basses, cuivres, violoncelle, lentement émergent, épousent les courbes du drone, se parent de tintements, fredonnent l’extase mélancolique.

Denis Boyer

2011-08-14