Methadrone – Better living (through chemistry)

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Plus qu’un constat post-moderne désabusé, un tel disque appelle la solution d’équilibre et de cohérence, la fusion attendue de nuances du gris. L’alias est éloquent, le bourdon lourd est au principe de cette formation monocéphale mais parfois étendue à quelques collaborateurs (tel Thierry Arnal de Fragment). Son goût du poids et de la lenteur l’attache immédiatement à ce mont sonore que Godflesh a laissé en legs. Mais il se trouve que celui-ci est de plus en plus régulièrement gravi sur sa face froide. Le succès grandissant de Nadja en témoigne, la pratique post-Godflesh de Broadrick lui-même le confirme. Les fantômes tissés de My Bloody Valentine, The Cure et Cocteau Twins ont été convoqués pour draper la densité. Plus qu’un truc, ce mouvement se montre le plus souvent juste, concrétisant en grande part ce que certains, avec des dosages plus ou moins appuyés d’un côté ou de l’autre, avaient déjà dessiné (The Mark Of Cain, Main…). Methadrone est un de ces points de mélange, au cœur duquel les nappes et les cordes plongées dans la vapeur de chorus, les voix évanescentes et rares, les mélodies orangées, tournent en volutes, formant hélice autour de deux basses, une boîte à rythme. Un bourdon omniprésent, se nourrissant de tout cela, du ciel et de la terre, du jour et de la nuit, rappelle dans une même langue de lumière l’élégance post-4AD du duo français View / Vicious Circle et le profond sillon du Swans tardif. On peut regretter que chaque pièce s’ouvre d’un même angle, attaque de boîte et diffusion d’accord, que chaque tonalité lumineuse soit calée sur la même portion du spectre, mais la gravité l’emporte, et c’est une ligne, une vague, froide, sans crête, déployant son horizontalité, jusqu’à brouiller sa frontière avec le bleu du ciel.

Denis Boyer

2010-12-20