Lowness – Undertow

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Aussi étonnant que cela puisse d’abord paraître, ce disque est le travail de Scott Sturgis, alias Converter et sous ce premier pseudonyme, il compose ce qui se fait de plus lourd dans le style électro-industriel, une musique rythmée, rouillée, incandescente et extrêmement dense, non dénuée de finesse, autant que cela se peut dans ce type d’exercice. Le cas de Lowness est sensiblement différent et si Sturgis a eu le temps d’étendre les différentes tonalités de la presse hydraulique dans Converter, ses écoutes et ses influences se révèlent bien plus nombreuses si l’on peut compter sur elles pour commencer de cerner l’album Undertow. Il semble d’abord que, aussi appuyées et condensées soient ses textures dans Converter, il en prend ici le contre-pied, au profit d’ambiances déployées progressivement, de tissages brumeux, poussiéreux et cosmiques. Car si sa musique est bien de ce temps, elle prend assurément racine dans ce que les années 70 et le début des années 80 ont pu faire rayonner d’ondes réverbérées, progressives. On en entend encore les résonances dans GYBE, Subarachnoïd Space, Neurosis, pour ne citer qu’eux. A leur manière, Sturgis s’est approprié ce que Hawkwind par exemple a semé de possible dans le champ du rock psychédélique expérimental, répétitif et panoramique. Le grésillement des cordes dans l’espace, leur maillage même qui place le gris en orbite dans l’orangé, le mantra des percussions, le roulis, le tangage de la basse, s’apparient à des mélodies plus proches de la new wave, visitées de temps à autres de discrètes séquences électro manifestant l’identité musicale première de Sturgis. Mais ce n’est pas le seul point d’achoppement entre un geste et l’autre. Si Lowness est enivrant, si ses fumées déploient le relief onctueux d’une mousseline bougeant à l’unisson de son tapis d’éclosions dub, sa musique est aussi ponctuée, les formules de guitares par exemple se terminent souvent en pointe, rougie au feu de la chauffe répétitive. Il s’ensuit une tension merveilleuse qui est tout à fait le contraire de la torpeur de nombreuses musiques psychédéliques. C’est, à l’inverse, tout comme dans la saccade titanesque de Converter, la phrase du feu, du magma, un mouvement panique.

Denis Boyer

2010-12-20