Delplanque Mathias – Parcelles 1-10 / Delplanque Mathias – Passeports

Bruit Clair Records
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Bruit Clair Records / Crónica
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Dès l’abord de Parcelles 1-10, il semble qu’un mouvement général anime tous ces sons qui, de natures différentes, de densités antagonistes, de fluidités opposées, s’accordent suivant le même tangage. Les sons d’instruments joués (mélodica, cordes, percussions, accordéon ?) et aussitôt traités, les sons concrets, montrent tous rapidement dans cette musique qui s’obstine à ne pas devenir ambiante, une même propension à la corrosion ou, mieux dit, à l’étirement et au craquement. Il fallait qu’une impulsion les stimulât tous dans un même et long va-et-vient, levant leurs harmoniques et les relâchant, aussi simplement mais prodigieusement qu’une poitrine se soulève et se baisse dans la respiration. Mais aussi qu’un élément, l’eau peut-être – si elle n’est pas entendue directement, son humidité flotte dans toutes les réverbérations, jusqu’à celle du métal qui crépite –, s’infiltrât pour rouiller les articulations. Je ne sais si je trahis de quelconque manière l’esprit que Mathias Delplanque a soufflé dans ce disque, mais lorsque j’ai compris, il m’a semblé être sur un bateau, lentement mené sur les vagues, leur chaloupe. Ce n’est pas, du reste, le seul des transports qu’il organise, quoi qu’il en soit. Le CD Passeports est, dès son titre, éloquent. Il témoigne « d’enregistrements réalisés […] dans divers lieux liés aux transports en France : gares, ports, parkings, zones de transit, etc. ». Voilà pour le fond des field recordings qui abondent le relief des différentes pièces, ou plutôt ce sont leurs expressions directes, car elles constituent en fait l’unique réservoir de matière sonore utilisée par Mathias Delplanque pour Passeports. On jurerait pourtant entendre les ondulations chatoyantes et le froid drone mélancolique de cordes, de gongs, de mélodicas, d’accordéons. Le traitement, et le choix bien sûr, des sons, restent donc fortement orientés par la musicalité. Alors, dans ce mélange qui bien souvent évoque les travaux les plus récents de Thomas Köner, on réfléchit à la zone de frontière entre le bruit tissé et son élévation, ce moment de passage dans la grâce, cet espace de transit dans lequel, tel le voyageur muni de son passeport, le son transfiguré en bourdon lumineux s’apprête à prendre un nouvel essor.

Denis Boyer

2010-12-20