BVdub – The art of dying alone

Glacial Movements
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Depuis l’isolationnisme dont il a fait son but d’exploration, Alessandro Tedeschi élargit peu à peu l’angle de son label Glacial Movements. Le pôle certes, et le froid, mais plus uniquement les textures ambiantes de Lull, Netherworld, López, Rapoon… Avec le Aqua Dorsa d’Enrico Coniglio et Oophoi, la rutilance du chrome et du clic avait déjà colonisé la glace. C’est chose répétée chez BVdub, alias de Brock van Wey, repéré sur Kompakt, le label de Gas. Comme Gas / W. Voigt, BVdub joint au froid du vent et de la banquise, celui des circuits et des cordes mises en boucles. L’ordinateur revendique son silicium, ses angles et sa digestion de l’acoustique. Après tout, le pôle est un lieu d’absolu, et il devient vite un absolu en soi, une image, un but et, en tant que tel, multiplie les chemins et les méthodes pour l’atteindre. Dans la musique de BVdub, c’est le passage de la grâce allongée à la boucle qui semble figurer cet état et son accomplissement ; le passage du drone à fredonner dans la plus pure essence mélancolique du paradoxal dark ambient éclairé, jusqu’à la fermeture d’une séquence sur elle-même. Pour cela BVdub choisit le geste acoustique, aux couleurs d’Eno, comme ce piano qui se déploie dans son aube, révèle des nuances saturées de jaune pâle comme les pétales s’ouvrant insensiblement dans le printemps nimbé de rosée. Une fois capturée, la beauté se love dans son cercle, que l’informatique répète à l’envi, soutenue par de discrets inserts rythmiques, rejoignant la légère mécanique de Gas dans ces moments. L’art de mourir, forcément seul, mais en tout cas de savoir mourir c’est, dit-on, le but de toute philosophie. Il me semble que la musique et de tels instants de poésie sans mots, peuvent y apporter un indéniable secours, voire y suppléer.

Denis Boyer

2010-12-20