Wilt – Cemetary road / Dead electroniks

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D’exercice solitaire (James Keeler), Wilt est devenu duo (avec l’arrivée sur l’album précédent de Dan Hall), appuyant l’importance des cordes dans son projet de musique ambiante panoramique. Un panorama qui s’entend d’abord dans la multiplicité des tendances balayées, cosmique, californienne, drone, postindustrielle… Tout naît dans Cemetary road avec une brume soulevée, comme par une respiration, un déploiement et une rétraction de multiples vagues superposées, résonance de cordes et fuselages synthétiques. Leur appariement en écho léger, le souffle, effilochent suffisamment l’atmosphère pour la faire organique. Mais le plus saisissant ici consiste dans l’exercice de perspective qu’opère progressivement le duo. Peu à peu, l’abstrait se peuple, la texture montre ses nœuds, des embryons mélodiques et rythmiques apparaissent, les cordes de basses et de guitare fredonnent ce qui s’écoute alors comme la bande-son d’un monde dont on n’avait d’abord aperçu que les volutes du terrain. Ce « travelling arrière », cet abandon progressif de la microscopie trouve son équivalent dans la peinture où dans l’admiration du paysage, à considérer ici que l’abstraction soit un détail de la figuration. L’on sait tous que le problème est bien plus complexe. Reste que ce retrait graduel coïncide avec la mise en forme d’une cold wave tranquille et bouclée sur fond d’humus, de ciel crépusculaire, de mélancolie sans mot, de clavier élégiaque et modeste. Et que les oscillations, les harmoniques, les cordes frappées, glissées, les chants d’oiseaux, les pluies, les bourdonnements se palpent mutuellement jusqu’à faire corps, et redécouvrir dans cette connivence, cette simultanéité, la formule du corps musical expressif. A noter que pour célébrer les dix ans de la formation (et ceux du label dans le même temps), le CD est accompagné d’un deuxième disque de remixes, Dead electroniks.

Denis Boyer

2010-05-24