R.Y.N. – Archaic techniques of ecstacy

Equation Records
www.chronoglide.com/equation.html




Le moins à dire du label Equation est que son fondateur, Bill Bailey, a le goût des formules, celles qui restent encore à demi secrètes. Le nom du label, les numéros de catalogue (E=mc…), la figure de Paracelse visible sur les premières références, et de manière plus profonde, la qualité obscure et filandreuse de plusieurs disques comme ceux de Bass Communion, Apse, Aidan Baker… jusqu’à celui de R.Y.N. dont on avait déjà pu entendre un EP publié par Drone Records. Cet album vinyle, Archaic techniques of ecstacy, est plus que virtuellement une plongée dans l’alambic. Sa haute obscurité est celle de la braise qui palpite de rouge sous le noir, un bouillonnement d’après le concassage, un lointain battement d’objets boisés et métalliques semble-t-il, dans un mouvement presque rythmé, s’accordant à cette pulsation évoquée du charbon. A peine calmé, ce feu dense exhale de lourds harmoniques, de remugles de machine à battre, du glissement de câble d’une lointaine et gigantesque machinerie. Le plus étonnant est que toute cette puissance est contenue, dans le volume et dans le relief, modestes l’un comme l’autre, peut-être dans le but de figurer une lente élaboration au chaudron de la transformation. C’est sans doute le chemin qu’aurait dû creuser plus avant la musique industrielle, cette voie du dérangement des sens par les sons de la machine dévoyée. En l’occurrence, toutes les machineries étouffées de la mélancolie pesante de R.Y.N. sont les images mensongères de cordes principalement (guitare, basse) et du traitement humide et métallique que ce duo anglais leur a fait subir. Ces figurations ne sont pas neuves, et les brumes qui habitent la deuxième face forment la métaphore de cette forme archaïque de la musique d’inquiétude (combien de forges ont pu fasciner les hommes par leur souffles, leur feux, leurs heurts ?), mais leur exécution (que je n’hésiterais pas à rapproche du Silver blood transmission de Tribes Of Neurot) a ceci de subtil qu’elle semble reconstituer avec elles ce temps d’une recherche clandestine de la formule secrète.

Denis Boyer

2010-05-24