Rapoon – Melancholic songs of the desert

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Que Robin Storey ait composé ce disque en réaction à l’intervention anglo-américaine en Irak est évidemment plus qu’un simple détail, mais cela reste un effet de circonstance. Le plus important reste qu’il ait souhaité alors réaffirmer la résistance individuelle et intérieure aux marées politiques. Le mot désert présent dans le titre montre alors une double signification ; si les sables irakiens en ont donné la couleur, la musique détourne vers ceux plus absolus du séjour des anachorètes. Ce retrait dans la solitude et l’aridité, l’exposition qui s’ensuit à l’acédie, cette mélancolie causée par les « démons de midi » qui prennent de langueur l’homme accablé par la chaleur de l’astre au zénith (entendre l’hypnose graduelle du morceau Sun call), ce mouvement n’est pas loin de la musique de Melancholic songs of the desert un album qui, s’il ne se présente pas comme l’un des plus remarquables de sa discographie, se révèle ensuite assez étrange et frontalier pour captiver l’attention. De frontière, il y a d’abord celle du sens, quand les contingences politiques et l’indignation face au cynisme font sortir de sa réserve un musicien dont l’engagement n’est plus à prouver, mais que la musique et la construction d’univers animent principalement. Ici les dunes d’Orient deviennent lieu mythique d’affliction. Il y a ensuite le franchissement des lisières du genre, quand la percussion en tapis ondulant comme l’illusion du désert et la boucle de drone soufflé s’éloignent de leur habituel campement hydraté pour s’affronter à la sécheresse. Des manières de mirages en sortent, voix et harmonica, effets dub projetant le souvenir de Muslimgauze. Des voix oui, comme rapatriées d’un album déjà ancien, What do you suppose?, ou encore d’un fantôme, d’un mirage lyrique ondulant au-dessus des lentes et lourdes percussions du morceau Last twilight. Ailleurs, les flûtes épaisses, les bourdons de vent chaud, les flux de courts échos du crépitement, geste marqué de Rapoon, sont autant de signes d’une installation du musicien au rythme du désert, à la dureté de son climat. Cette sécheresse de mise, le sujet et les évocations de scansion (Radioactive), ne constituent-ils pas, en définitive, l’étrange butin d’une retraite au désert : les rappels lointains et surtout singuliers, d’une musique industrielle à l’essor de laquelle, il y a déjà longtemps, Robin Storey a participé ?

Denis Boyer

2010-05-24