Organum Z’ev – Temporal

Die Stadt
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Imaginons un instant une forge inversée ; osons-le car aussi immédiatement que la forge appelle l’image de la chaleur, elle convoque celle du berceau de la transmutation. Or, dans la chaîne des changements d’état de la matière, la solidification est l’équivoque de la fusion. À la lettre, c’est ce qui s’est déroulé entre Jackman et Z’ev, alors que Z’ev a d’abord travaillé sur les sources sonores de David Jackman / Organum, durant plusieurs mois, avant que celui-ci ne vienne participer au mixage final. Les lames de drone métalliques sont bien de l’atelier d’Organum, résonant d’un cuivre et d’un argent encore douloureux de la braise, vibrant lentement à l’image de ces mêmes charbons ardents qui, à une certaine température, déploient le ballet pulsatile du rouge et du noir. Les couches de sons, nombreuses, prolongent l’animation comme en ligne de fuite, dans un semi-brouhaha de percussions, de plaques vibrantes, de copeaux de fer, d’exaspération du métal refroidi et limé. Cette perspective de l’atelier, de la forge, finit bien par exhaler l’état de grâce primitif de celui que l’on tenait pour sorcier, le forgeron qui savait l’un des secrets de la transformation. Cet appel du sacré, qui résonne si souvent dans les derniers disques d’Organum, se fait aussi entendre sur ce troisième disque commun de Z’ev et Jackman : s’élèvent le souffle des cloches et l’écho du chant grégorien.

Denis Boyer

2010-05-24