Ogrob – Ein Geisteskranker als Künstler

Ronda
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Sébastien Borgo a beau n’être qu’un dans le trio Sun Plexus, son nom en est le plus emblématique. Aussi, lorsqu’on entend ce disque compilant des travaux personnels, on prévoit une décomposition de la rouille, de la dent cassée et du sang caillé. Mais, comme le jeu des organes n’est pas le corps, l’album d’Ogrob / Borgo n’est pas un kit de Sun Plexus. Ce qui n’empêche pas chaque organe d’offrir à l’examen (à l’écoute) l’impression d’un monde à la fois plus modeste et nouveau. Chacune des pièces n’offre pas le même intérêt ; elles diffèrent en technique, en matière, en date de construction. Les deux premières sont parmi les meilleures, où la maîtrise des guitares élève de belles strates d’harmoniques encore très métalliques. On n’est pas longtemps à découvrir les « vices » qui font aussi et peut-être avant tout l’esprit de Sun Plexus. Ainsi dans le morceau Le temple du rock, la réverbération des oscillations de cordes, faussement légère comme un rayon de lumière prisonnier dans une chapelle sombre, est peu à peu dépassée par un ronflement régulier, celui d’un « visiteur assoupi » qui ajoute à cette pièce un humour sans objet, instantané, sans pour autant la déplacer, car elle est toute de torpeur. Ailleurs, qu’il s’agisse encore de drones de cordes, de dark ambient, de musique concrète ou de noise music, la linéarité et l’insensible dérangement vont de pair, s’échangeant le rôle conducteur sans rompre la cadence, laissant finalement l’auditeur seul convaincu du soupçon d’aliénation.

Denis Boyer

2010-05-24