Aspectee – Morben

First Fallen Star
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Disons-le, dans la nuée dark ambient, peu de formations peuvent à la fois afficher la tension et l’évocation mélodique de glorieux aînés. C’est un genre qui se dévore facilement lui-même, qui voit sa forme souvent sacrifiée au profit exclusif d’un effet plaqué alors qu’il devrait être induit. L’inquiétude, si c’est bien cela qu’il s’agit de faire naître, doit s’élever en même temps que les images. Il semble que Michael Frenkel / Aspectee a compris tout cela, qui laisse à ses textures l’ondulation et l’horizon. Elles se nourrissent du terrain qu’elles balaient ainsi, et ce n’est pas autrement que se bâtissent les histoires. On n’y raconte rien, mais le bourdon sourd stabilise la nappe comme la voix porte l’imagination. Peu à peu, dans l’abstraction du son fuselé, presque linéaire, la couleur, le relief, éclairent un jour – et il faut bien qu’il y existe un jour pour qu’une musique nocturne produise son effet. Tout est d’abord trame, grain, magma, brume, eau, air, voix, quand ensuite la ligne s’incurve, chaque bourdon prend possession de l’espace, se mêle aux autres en surface, voire s’isole pour quelques instants. Ce premier exemple montre une situation d’angoisse, lorsque le drone d’harmoniques flotte seul, suspendu comme une morbide échéance en plein espace. Avec, tout autour, du noir, la musique d’Aspectee peut se permettre les suspensions lumineuses. Elles sont pareilles aux reflets des gemmes sous terre, elles ponctuent la nuit, ou plutôt la traversent et, en bordure (crépitement, échos, tremblement métallique…), la nappe montre ses zones d’oxydation qui mettent en relief l’évocation d’une mélodie fantôme et font accepter, dans le même monde, une plainte lointaine et l’écho du maelstrom métallique, le ton d’un chœur céleste et la rouille de la tuyère.

Denis Boyer

2010-05-24