Zilverhill – Latent-Active-Descent

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La désolation peut bien être le thème principalement représenté par le duo Zilverhill, il reste que sa musique ouvre un éventail de sensations et de températures beaucoup plus large. Et la complexité de la construction – dark ambient, riutalisme, électro nimbée – constitue donc la partie visible de l’ancrage dans un fonds ambient industriel comme celui de Zoviet*France. Ceci pour le gros de la forme, mais la réalisation est elle aussi plus difficile à catégoriser, qui rend l’écoute plus attentive, plus impliquée encore, car les silhouettes sonores bougent, les nappes filent et craquent, se nourrissent de quelques fragments de voix qui ne constituent sans doute pas la décoration la plus élégante du disque, mais sont, comme sur le morceau Unceasing, grignotées, assimilées, par le flux érodé, affligé d’harmoniques orangés, ajoutant à cette impression cinématographique de l’ensemble de l’album. La densité mouvante l’exile hors du champ abstract ambient traditionnel, qui tend souvent à la fixité du son, à sa sortie du temps, et sur Latent-Active-Descent, le bourdon n’est pas immobile, il roule et s’enkyste de sons rapportés, collectés sur terrain (oiseaux), joués (lames métalliques), et mute en épaisse fumée. Volutes et émanations s’enchaînent, car ce sont autant de sons qui s’élèvent loin de la masse ondulante que d’autres qui surgissent d’un sous-sol pour s’y agréger un temps. Cosmos organique et expérimental, cette alliance renoue avec le son inquiet de la musique ambiante, d’une inquiétude à laquelle on ne saurait donner de nom (loin du death ambient jouant à la peur) car c’est, répétons-le, sa forme même qui est mobile, avant d’être saisie. Mené, comme dans un train de remuement métallique (le morceau Birdtrain), éminemment voyageur et, partant, libre, cet amalgame joue en musique un fluide vital et paysagé, traversé et traversant.

Denis Boyer

2010-01-18