Talbot & Deru – Genus

Ant-Zen / Dear Oh Dear
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Cette rencontre entre musique électronique de vibration abstraite et quatuor à cordes peut dans un premier temps sembler très artificielle, quoique tout aussi immédiatement d’une grande beauté. C’est-à-dire que les deux faces sont d’abord très peu perméables l’une à l’autre et s’offrent juxtaposées. L’une, occupant les quatre premières pièces dans une pulsation de vague, reflet de voix et d’orgue, filée comme tissu de lumière, s’ossifie avec l’apparition du rythme minimal, et l’on n’est pas longtemps avant de penser à Dumb Type. Des basses y ondulent, au-dessus desquelles les fantômes de voix miroitent près de la surface. L’autre partie, avec une même grâce, s’exprime par le langage des cordes, dans un quatuor. Les compositions reflètent tout autant le vingtième siècle (Nyman) que le son plus sec et mélancolique des dix-septième (Marais) et dix-huitième (Mozart). Mais c’est aussi plus loin que les respirations s’entendent, dans un soulèvement mélodique et harmonique qui voisine alors l’ondulation de la construction électronique. Genus est une musique composée par Joby Talbot et Benjamin Wynn (Deru) pour un ballet de Wayne McGregor présenté à l’Opéra de Paris (Palais Garnier) en 2007. Le thème directeur en est la théorie de l’évolution de Charles Darwin. A bien écouter, peut-être pourrons-nous tenter cette proposition : l’une et l’autre partie se montrent comme les maillons d’une histoire musicale qui emprunte des gestes, des tournures, des codes et des expressions différentes, mais qui atteint parfois aux même buts. En cela, l’absence d’osmose remarquée dès le début ne peut que se justifier ainsi : il n’a donc pas fallu « mêler », mais bien remonter le cours, dans une perspective évolutionniste, sans que cela n’implique la moindre échelle qualitative, bien entendu. Une même extase, panoramique et intime en même temps, habite les deux profils de cette œuvre, mais dans une relation filiale. Pourtant de filiale, elle devient (enfin ?) gémellaire, quand les cordes s’unissent à un chœur de dix chanteurs, et si les sons électroniques semblent absents de cette réalisation, les voix ondoient comme le bourdon synthétique, préparant dans la pièce finale ce qui constitue (en définitive) une véritable conjonction des deux vagues de travaux, cosmos naturaliste et chromé, préparé, évolué.

Denis Boyer

2010-01-18