Biomass – Electrozali

Low Impedance Recordings
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D’abord, la vague sans rythme, sans mélodie, mais dans laquelle on devine le ferment électro qui viendra la troubler géométriquement ; on l’imagine sans surprise, car ce son ne porte pas l’étonnement. Mais c’est exactement à l’apparition du mouvement que l’on entrevoit sa singularité : il ondule quand on l’attend anguleux, il souffle le chaud alors qu’on le pense froid comme l’acier. Pour permettre la ductilité dans ce milieu fortement métallisé, les clics hérités de Ryoji Ikeda, et surtout la chaloupe qui miroite. Au risque d’une image convenue et frelatée, on s’arrête sur la position de la musique de Biomass, qui correspond précisément à la situation géographique de son créateur : entre occident et orient, en Grèce. Electrozali intègre tout autant d’instruments traditionnels que de brouillages cliqués. Chacun est pesé, joué avec la respiration qui lui convient, chargé de l’imaginaire musical qu’il appelle par sa forme. Forme de la musique immédiatement, double forme, non pas un croisement, pas une alternance, mais un troisième terrain, où rien ne semble sacrifié, surtout pas l’intégrité de l’un ou de l’autre, qui ne laisserait à l’oreille que de l’exotisme. Les morceaux Esilio 99 et Electrozali sont particulièrement intéressants à ce point de vue, vent de sable iridescent, tourbillon chromé, électro minimale de la Méditerranée, mélodie bouclée riche de ses harmoniques, transe augmentée par sa réponse numérique. Le bois, le souffle, répliquant sans cesse à la brillance d’un Pan Sonic ou d’un Scorn, ce qui fait de la musique de Biomass non pas celle d’un avant fantasmé, ni celle d’un futur globalisant, mais bien l’image acoustique d’un pendant, d’une coïncidence exacte.

Denis Boyer

2010-01-18