Bel Thomas – The birds are still the monarchs

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Ce qui voyage dans ce disque de Thomas Bel, c’est plus que les notes des instruments, plus que accords et les harmonies de l’orgue, des cordes. Car chaque note de ce qui n’est déjà plus (ou alors bien plus que) de l’electronica, résonne dans un paysage dédié dont la patiente distillation de la triste mélodie simple est incrustée entre chaque détail. Pour les reliefs, le souffle du vent, les pépiements des oiseaux, des pluies de percussions assourdies, dont on ne sait décider si elles appartiennent aux field recordings ou à la musique jouée. Et peu importe, car encore une fois c’est le panorama, la paradoxale embrasure du panorama dans le minimalisme, qui est à entendre ici. La voix n’est pas absente, bien que rare, le pseudo silence non plus, pour laisser aux harmoniques le loisir de repeindre le temps qui s’écoule moins vite, alourdi, gorgé de cette pluie qui nimbe l’album. Que cet allongement prenne le tour de la réverbération quand jouent les cordes de guitare, ce n’est qu’un détail de forme, d’accord avec la matière, l’important est de s’apparier à la coulée cristalline, et sourde en même temps, de capter les miroitements des sons perdus, égarés, cassés dans les angles, comme autant d’oiseaux prisonniers volontaires dans un jardin. The birds are still the monarchs, voilà qui, n’était la marque du pluriel de monarchs, renverrait assurément aux trente oiseaux de la légende, à eux tous le roi des oiseaux, le Simourgh, multiple dans l’uni. Pareil en cela à ces harmonies en mosaïque.

Denis Boyer

2010-01-18