June 11 – Matter is alive

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Est-il judicieux de se placer instantanément sous la tutelle d’une figure aussi importante que Brian Eno? L’on risque d’appeler tout aussi immédiatement la comparaison, ou au moins de se placer dans une position vassale. C’est pourtant ce qu’a choisi de faire la formation belge June 11, qui ouvre Matter is alive par la reprise du morceau By this river (que Martin Gore avait déjà réinterprété). Ce morceau, l’un des plus beaux de l’album Before and after science, n’est pourtant pas représentatif de son atmosphère tout entière. C’est une chanson relativement isolée. C’est donc le choix de ce morceau, singulier, doux et mélancolique, que June 11, peut-on penser, a élu comme fronton, plutôt que l’influence plus large d’Eno. Un morceau qui va effectivement marquer l’ambiance de Matter is alive, comme le terrain sur lequel elle coule signe la rivière en chaque endroit de son cours. Plusieurs voix se succèdent, masculines et féminines, sur une instrumentation également pluvieuse et printanière, de ce printemps qui rappelle encore l’automne en sa qualité de saison intermédiaire, indécise, amère de ne pouvoir jamais réaliser pleinement ses propres promesses. C’est cette mélancolie lumineuse qui habite le disque de June 11. Piano, guitares, basse, cuivres, quelques samples… et les ondées qui les agencent. Chaque chanson est une histoire de nostalgie, de mémoire troublée, servie par une mélodie de chant portée par le vent léger. Parfois elle s’immobilise presque, se rapproche du spoken word de Richard Jobson et trouve comme la voix de ce dernier la connivence avec les pauses, les respirations des instruments. C’est toute une façon de rapatrier au cœur de sa propre saison des mélancolies adjacentes, à l’image de celle toujours liée à Eno, qui habite plus particulièrement encore le morceau Harold Budd, dédié au musicien. Rapport d’hommage, de connivence, plus que de sujétion, le lien tendu entre ces musiques est celui qui attache sans contraindre, de même qu’un code génétique laisse encore de la liberté à l’individu formé. A entendre les éclosions de pianos, les brumes de cuivre, le bourdon orangé qui survole en rubans le paysage formé, on sait que le terme de monde pour la musique d’Eno et de ses amis, n’était pas exagéré, et qu’il permet l’installation de nouveaux habitants.

Denis Boyer

2009-09-24