Internal Fusion – Tribute to Hastia

Taâlem / Lucioléditions
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Discrètes, rares et précieuses, les publications d’Internal Fusion ont toujours été marquées par une même source, ce qui ne signifie pas que leur courant reste identique. Cette source, on peut la caractériser par un mélange de textures abstraites, d’ébauches rythmiques à connotation rituelle, des boucles d’instruments divers appariés aux rythmes. La figuration est pourtant plus rare dans la musique d’Eric Latteux / Internal Fusion que dans celle de son ami et collaborateur Jérôme Mauduit / Désaccord Majeur. La cadence y est souvent nimbée, et l’on n’est jamais assuré qu’elle ne fasse pas partie d’un plus vaste plan onirique. En cela, la musique d’Internal Fusion se rapproche des paysages sonores de Robin Storey / Rapoon, et la comparaison a parfois été prononcée. On dit ici qu’Eric Latteux a pris ses distances avec cette relation. On peut aussi constater que sa musique a évolué, et celle de Robin Storey également, toutes deux dans des directions sensiblement convergentes. Plus de brume encore, une humidité renouvelée. C’est en tout cas l’entrée en matière de ce qui forme l’un des plus beaux travaux d’Internal Fusion, ce Tribute to Hastia. Pulsations lointaines, mais pas d’un arrière-plan, plutôt d’un sous-sol, ou d’une chape de brume, comme si elles étaient sous le coup d’une lourdeur, d’une densité de texture qui les maintenait à l’état d’empreintes, de bas-reliefs érodés. Là-dessus, des boucles, tout aussi effilochées, des souffles, et des miroitements, car il arrive en de nombreux endroits que cette progression en milieu diaphane s’apparente à la traversée d’une forêt (ou telle l’imagine-t-on), et que des points d’eau la jalonnent, qui participent à la circularité du son, à sa mise en boucle, aux légers effets d’échos et de réverbération. Enfin, ils abreuvent la musique, la rechargent dirait-on, comme des points de rencontre, d’où partent, ou arrivent, même des voix, des fragments, dépossédés de toute signification, des ectoplasmes vocaux comme autant d’ajouts, de festons tout aussi évanescents à ce feuillage intouchable. Pour les soutenir, car la voix est scansion, de nouveau les chaloupes de percussions boisées, qui s’aménagent en séquences lorsqu’elles font mine de disparaître. Tout dans ce travail, magnifique et allongé, paraît s’articuler autour de cette dialectique entre rythme et texture, à l’avantage de cette dernière semble-t-il. Pourtant, à bien écouter, elles semblent également nuancées, vers le bas de l’échelle, faibles de densité l’une comme l’autre, la texture étant plus spacieuse par nature. La beauté du geste, la subtilité viennent de cette légèreté dans l’impression d’épaisseur, qui emplit l’album. A tel point que l’ampleur d’un drone semi-circulaire, la planance d’une vague lumineuse, les crépitements du végétal effiloché, jouent à eux tous le rôle qui devrait échoir à une éventuelle ébauche mélodique. C’est la puissante dynamique organique de l’album qui, à sa place, figure l’harmonie.

Denis Boyer

2009-09-24