Dee N Dee – Words

Symbol Muzik / Season Of Mist
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Il n’est pas exagéré de considérer que l’influence de Davy Jones Locker sur Dee N Dee a d’une certaine manière été plus forte que celle de Godflesh que l’on a souvent rapportée. Concrètement cela signifie qu’au-delà d’une déclinaison du style industriel-métal auquel le groupe de Calais est resté fidèle, le parti pris de la sécheresse a été suivi, dans une dynamique de secousse rythmique qui a longtemps déshydraté jusqu’aux guitares. Désormais, avec un album complet, Words, Dee N Dee montre un son épaissi, et si les compositions obéissent toujours aux obligations du style, elles ont gagné en appendices. Ce n’est pas trop de parler d’une nouvelle maturité. Les rapidités de la batterie, lorsqu’elles surviennent, ne sont jamais gratuites, et emportent dans leur tumulte un train de cordes saturées déjà surchauffées. C’est d’ailleurs un point récurrent dans les chansons de cet album : elles débutent « au cœur de l’action », coupant le souffle par l’entrée subite dans les mesures denses de riffs de basse et de guitare sans préliminaires. D’autres morceaux, plus lents (comme Flighty child où l’on sent l’influence de La Muerte), gardent cette couleur brun foncé, comme celle d’une terre mêlée de croûtes de lave. Mais ici ou là, que l’on observe la célérité ou la lenteur, il y a une autre constante : la voix s’expulse par saccades, en phrases courtes. Et c’est ce qui nous mène une nouvelle fois à considérer la marque de Davy Jones Locker, le sursaut nerveux, le spasme musculaire avec ou sans contrôle. Ce geste, assez singulier, n’est pas des plus aisé, peu de groupes l’ont décliné à leur tour, avec ou sans lien avec le groupe de Thionville. On pense bien sûr à Prong, dont le claquant était aussi remarquable. Mais le chant s’éloignait souvent de la hachure pour s’étendre en longs refrains. En revanche Dee N Dee, et le chant rugi de Carl Langlet en particulier, est tout entier tourné dans la dynamique de ce ressort court, qui toujours renvoie avec force l’impulsion qui vient d’être donnée. En faisant de cette nervosité sa marque de fabrique, Dee N Dee figure une machine organique tout en compression, torsion, chaleur, scintillement (les caisses claires), oscillation… qui tel un corps lancé dans le mouvement de ses nerfs ne cesse ses trépidations que lorsque la vie l’a quitté.

Denis Boyer

2009-09-24