Beehatch – Brood

Lens Records
www.lensrecords.com




Mark Spybey et Phil Western ont découvert l’une des formes éveillées du rêve. Ils l’ont mise en action dans leur premier album, et la continuent sur Brood, montrant qu’ils l’ont transformée en formule, qu’ils l’ont élevée. En un mot, cela revient à extraire la figuration de la matière abstraite. Non pas seulement l’évoquer, comme y parvient souvent la musique ambiante, mais bel et bien à mettre en œuvre harmonie, rythme et mélodie dans un bain mouvant de textures tout aussi ductiles. Du bouillonnement s’extrait une éblouissante boucle synthétique, qui porte au ciel, retenue par un chant murmuré ou converti en rugissement monocorde, lointain car attaché au sol voire au sous-sol. Conclusion comme introduction dénoncent le frottement, la vapeur, le voile, le travail et l’inventivité en action. En fait, tout ce surréalisme musical est finalement bien plus proche du Velvet Underground ou de Brian Eno que de Nurse With Wound, et s’enrobe d’instrumentation orientalisante autant que de drone, de rythmes hop autant que de pulsations cardiaques, de gouttes de cordes autant que de séquenceurs basses envoûtants, utilisant l’expérience de Zoviet France dont Mark Spybey est issu, comme un terreau où faire pousser – élever – une forme éminemment altérée de la chanson, une version forestière de la musique cosmique, un avatar industriel du Krautrock.

Denis Boyer

2009-09-24