Von Magnet – Ni prédateur ni proie

Ant-Zen / Jarring Effects
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J’aime quand Von Magnet se place, rappelle sa situation paradoxale : campé hors de toute position polarisée. Le titre de ce nouvel album exprime l’une des dimensions de ce funambulisme, le refus de participer au système de compétition organisée entre les êtres, réactualisé par l’ultralibéralisme économique qui travaille à l’ériger en institution dans tous les domaines de la vie. Se défendant de saisir les relations de cette manière, les membres de Von Magnet ont articulé une grande part de leur résistance sous forme d’alternative ouverte. Toujours, les références au nomadisme ont habité leurs titres et leurs compositions. Les racines new wave et industrielles de leurs débuts au milieu des années 80 sont restées solidement plantées, rapidement pénétrées de couleurs que l’on se refusera à qualifier d’exotique parce qu’elles participent de la nature même du projet musical, et non de sa décoration : Espagne, Proche Orient, Europe Centrale… se joignent, s’enchevêtrent, dans un projet de communauté hors de l’affrontement. Désespéré ? Combatif ? Les ondulations de tristesse, de mélancolie, pénètrent Ni prédateur ni proie dès ses premiers instants, dans les chants de Phil Von et Flore Magnet qui se répondent, qui se répandent. En spirale dirait-on, les deux timbres si complémentaires font monter les densités, mêlant en anglais et en français des mots bâtisseurs, appelant hors du drone mélancolique un jeu de percussions aussi hypnotiques. Reposé des voyages dirait-on, ce disque reprend à son compte les orients et les occidents rapportés, les déploie à l’intérieur d’un même son peaufiné par le complice de tant d’années, Norscq. Arabesques orales et musicales se ponctuent et se traversent de percussions électroniques, comme pour la rencontre des gestes de Von Magnet avec ceux de Squaremeter. Un empire complété par des rapatriements de voix dramatiques et des cordes qui le sont tout autant. Ces rythmes semblent à certains endroits porter l’album, le chargeant en puissance pour laisser aux autres ondes la profonde distillation mélancolique – une alchimie de figures et d’abstractions distribuées en pluies patientes, ce qui fait de Ni prédateur ni proie le plus beau disque de Von Magnet depuis Mezclador.

Denis Boyer

2009-02-22