Tsé – La ralentie

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Le rapport au texte a toujours été important pour Guillaume Ollendorff. Aussi fort que la musique qu’il n’a jamais quittée. A force de la commenter, de la tourner, de s’y plonger, de l’explorer de ses tissus jusqu’à ses rythmes, de ses froideurs jusqu’à ses mélodies, il a bien fallu qu’il la peuple à son tour. Le nom qu’il s’est choisi, Tsé, évoque la maladie du sommeil, et c’est la torpeur du dub froid et de la nappe industrielle qu’il a injectée dès son premier album, Ghostdub, baigné d’une austère lumière grise. Dans son recueil Lointain intérieur, qui figure dans le livre Plume, Henri Michaux a placé l’un de ses écrits poétiques les plus remarqués, La ralentie. Il s’agit comme souvent de suites énigmatiques entre lesquelles on devine une inexplicable sympathie. La ralentie, celle qui dit « je » et « on », prévient d’abord : « on tâte le pouls des choses ; on y ronfle ; on a tout le temps ». C’est presque le programme musical du deuxième album de Tsé. Le dub toujours, plus électro, et plus décoré aussi. Rythmes monotones mais claquants en écho sur la basse tarière (Peculiar noise loop), cassures discrètes qui relèvent le sinus de base, c’est le paradoxe du rêve dans le sommeil, de l’activité dans le suspendu. Les notes lumineuses papillonnent au-dessus de ce qui ressemble au socle de nombreuses productions Mille Plateaux, comme celles des frères Voigt. Cette base dub et aluminium brille ainsi de mille petits feux, et les embryons de mélodies facétieuses sont alors visités par la voix du musicien, qui y plonge ses textes, ou ceux qu’il emprunte, à Einstuerzende Neubauten, Malaparte, et bien sûr à La ralentie de Michaux. Hydratation, onirisme, échos renvoyés reformés, ondulations irisées, autant de gestes et de mots, qui viennent festonner le relief hypnotique : c’est l’éveil à la couleur, la sortie du désert de son dub fantôme.

Denis Boyer

2009-02-22