Oöphoi – Potala / Hum – The spectral ship / Tidal fire



Substantia Innominata / Drone Records
www.substantia-innominata.de


Substantia Innominata est une branche de Drone Records, consacrée à l’exploration « des possibilités infinies qui s’offrent aux artistes de composer une musique à propos de l’intangible : l’Innommable, l’Imprononçable, l’Impensable, L’Inidentifiable », en un mot ce que le poète a devoir d’exprimer en attentant à sa nature d’indicible, cet inconnu ontologique contre quoi se débat désespérément le langage, entreprise en laquelle la musique montre des résultats bien plus immédiatement satisfaisants. Si ce label ne propose que des disques vinyles en format 25cm (10’’), il s’agit bien là de l’unique différence avec le label source, Drone, dont les sorties sont exclusivement formatées en 7’’, différence augmentée de la distinction de temps qui s’ensuit. Hors cela, le manifeste pourrait être le même. Et l’on sait combien l’entreprise de documentation du drone par Stefan Knappe est précieuse, et participe de l’élaboration d’un dictionnaire, dont nous essaierons prochainement sur ce site de donner quelques entrées dans un article consacré aux musiques bourdonnantes. Après Daniel Menche, Asianova, Noise Maker’s Fifes, Cisfinitum, Big City Orchestra et Ralf Wehowsky, c’est au tour de Oöphoi et Hum de donner forme à l’ « in-façonnable ». Car, que l’on ne s’y trompe pas, le pas de côté a été marqué, dès que la création est jouée, la substance sans nom devient éloquente. Profitons de cet état antérieur (cette étape antérieure) à la parole qu’est la musique pour s’inonder de cette poésie primitive. Pour l’Italien Oöphoi, l’exercice de la musique ambiante lumineuse et synthétique est un artisanat, patient comme celui de l’homme qui sait quel objet arrondi il aura à faire surgir des échardes. Ses vagues de réverbération orangée portent un léger mouvement de bascule (s’agit-il de glace frottée, réverbérée, d’une antique plainte colportée et amplifiée par des couloirs de pierre ?), un mouvement dont le vent vrombissant qui s’élève par mécanique météorologique profite comme d’une force pour s’élancer. Il emporte avec lui en provisions quelques étincelles dorées, des sifflements qui effilochent le drone ascensionnel. Ces concrétions condensées, elles finissent par tresser un rayon de lumière mélancolique, tangage mélodique articulé de peu de notes comme l’un des rubans ambrés qui sillonnent le ciel au point du jour. Cette aube de la musique est, pour l’artiste russe Hum, traversée par un vaisseau fantôme, par un flot de flammes. De réverbération en effet miroir, la vague est courte, franchie dans un sens et dans l’autre, sur ce magnifique travail aux nuances discrètes mais aux chatoiements splendides, un travail réalisé sur dix ans. Les deux compositions de Hum ne connaissent pas de heurt, pas de crête, pas même de rivage. Cette mer, comme un orgue de cordes qui se gonflent (des plus noires aux plus claires de ces danses que jouent les reflets), elle est une elle est toute, tantôt d’eau tantôt de feu, un acquiescement à la surface qui galbe jusqu’au clapotis – l’ondulation métallique en franges. Le drone soufflant, se ramassant parfois en fuselage d’harmoniques, porte toujours, même ponctué finalement par la pluie, cette marque de l’élément dissolvant, ce fredonnement de la mer innommable des origines et des fins.

Denis Boyer

2009-02-22