Oldman – Two heads bis bis

Low Impedance Recordings





Oldman, moitié de Man, moitié de l’homme, moitié de la main. Vieil homme, vieille main, oui, c’est cela, le geste de l’artisan, qui connaît son affaire. Celle des cordes. Bien vieilles celle-là ? Pour tout dire, elles ne sont pas sous la lumière des pluies de piano qui irriguaient la musique de Man. Dans l’atelier d’Oldman, la lumière n’est pas électrique, et les outils sont de main, de poing presque. Lentement, dans la fumée, dans l’obscurité, la basse tourne, déjà ronde d’avoir été si longtemps tournée – et ce tour n’a-t-il pas été signé par Tuxedomoon ? Et les notes de guitare, craquelées, grignotées par l’âge et le delay, lui donnent habit de sciure. Sur cet établi tout semble lissé d’une patine qui est aussi la plus douce des corrosions. Les tintements abreuvent ce bois, luttant à armes bien inégales contre la fumée bleutée. Peut-être que l’artisan est aussi un peu chamane… La corrosion, elle grignote alors dans tous les recoins de l’album, elle fait les cordes grinçantes ou compressées dans leurs distorsions, elle consacre la rencontre de Beefheart / Waits avec Einstuerzende Neubauten. Forme moderne appliquée aux matériaux traditionnels : il faut bien sentir le bois prendre son nouveau pli, se ranger finalement sous l’élégiaque cataracte de l’orgue. C’est une musique du soir, quand tout a été dit, et que tant de vents, tant de pluies, tant de pas, ont repassé le chemin, qu’il en reste bien quelque chose, une mélancolie de crépuscule, pas si loin des maisons, mais sans rien pour occulter le soleil couchant.

Denis Boyer

2009-02-22