Napalmed – III

Napalmed
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Le duo tchèque Napalmed représente, comme Contagious Orgasm ou Christian Renou à leur manière, une part remarquable d’un artisanat musical dont ne sont pas familières de plus jeunes générations qui pratiquent l’ordinateur comme atelier. Pour Napalmed c’est donc la « tradition industrielle » qui se poursuit en eux, qui utilise tout aussi bien les objets trouvés de toutes sortes que les sons de leurs propres corps. Si tant est que l’on veuille accorder valeur et pertinence à la question de savoir qui est « industriel » ou ne l’est pas, il est amusant de remarquer que les puristes concèdent cette épithète plus volontiers à des musiciens comme Napalmed, qui travaillent « à l’ancienne », et c’est paradoxalement une vision « artisanale » donc archaïque de l’industrie qui l’emporte, alors que la notion même, lorsqu’elle a été produite à la fin des années soixante-dix, était associée à une aliénante modernité. Quoi qu’il en soit, le geste du duo est tourné depuis des années, et leur talent se montre en différentes strates qui élaborent un bruit sculpté, une machinerie complète où roulements, fusion, abrasion, écoulement, pression et souffles s’équilibrent et dialoguent comme les instruments d’un orchestre. Ceci n’est que présentation, et le cœur du disque est bien plus à trouver dans l’impression globale qu’il offre, car la symphonie est œuvre collective. Cette symphonie industrielle, au sens où la voulait Russolo, affûte les sens, réchauffe l’oreille dans sa tournure, flux et reflux en mouvement d’horloge et chaleur stabilisée : les effets aqueux et ignés confondus, ponctués par la fluctuante pulsation métallique qui se pare d’une bienveillance boisée, tout cela sème lumière et copeaux dans ce qui semblait gris et bétonné. D’ici à la transe il y a peu, on l’a déjà souvent signalé, peut-être le faut-il encore une fois, afin de souligner qu’avec Napalmed, on atteint à une primordialité de la fonction musicale, à laquelle peu d’artistes, tous courants confondus, ont pu accéder, malgré leur nombre à la chercher.

Denis Boyer

2009-02-22