Bowline – Bowline

Sonoris / Metamkine
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Bowline est le travail commun de David Maranha (Osso Exotico) et Francesco Dillon (collaborateur de Matmos et Pan Sonic). Atelier acoustique et électroacoustique pour l’un, violoncelle pour l’autre, leur rencontre se fait dans la vibration, qui se doit d’atteindre la ligne courbe. Du premier et court morceau, on retiendra que la note fragile est une amorce, un fil, une radicelle, qui ancre le travail dans le silence. Il faut une telle solidité pour assurer la tension qui suit. Les trois autres œuvres de l’album (les deuxième et troisième aussi courtes que la première) sont bien plus expressives, parce que le violoncelle en tisse la fibre centrale. Il lui faut dessiner la courbe, harmoniser sa texture granuleuse au projet. C’est tout le travail humain, donner à croire au poli en tournant sans cesse le rugueux. C’est aussi la besogne de l’eau, et personne mieux qu’elle ne sait que l’on ne peut ainsi que s’approcher de la perfection. Les deux musiciens passent et repassent leurs belles vibrations, comme pour un matin de printemps timide. Orgue, glass harmonica, pédales et manipulations s’ajoutent à la note boisée du violoncelle, parce qu’il faut que cet apparent minimalisme dépasse ce nom, cette intention, pour s’exprimer plutôt en simplicité, vision du monde en l’instant. Dans l’ultime plage de l’album – la plus longue – le violoncelle semble s’être lui-même enfanté, et le cycle est encore figure courbe. L’accident le griffe, l’écorche par petites brèches, comme les dessins de l’écorce – qui s’inscrit autour de l’arbre. La mélodie est en fleurs, fragiles, blanches et nimbées des brumes de matin. Le trémolo dans les cordes comme la brise (toujours trop tôt pour les yeux) en fera tomber les pétales. En branche solide mais ployante, la note basse est plus résistante, elle se plie à la courbe et, les éclats d’harmoniques en halo, elle se rêve en sphère.

Denis Boyer

2009-02-22