Autopsia – Radical machines night landscapes

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Il existe dans la musique, par la musique, un lieu où le temps se suspend. Ce lieu, pour Autopsia, est peut-être le fantôme de l’Europe, dont le Prague d’où il est issu pointe le centre. Une fois suspendue, cette Europe se remet en mouvement dans un temps qui s’arrange avec tout le vingtième siècle. Mais un vingtième siècle comme déserté (Berlin requiem est le titre, éloquent, du précédent album d’Autopsia), dont il ne subsisterait que les motifs des pianos élégants, des rythmes décharnés et l’incommensurable des salles de bal vidées. Ce projet, maintes fois décliné, pas toujours avec le même bonheur, par Autopsia, trouve ici l’un de ses plus belles réalisations. La grandiloquence qui l’empesait parfois s’est effacée devant ce qui n’est plus simplement qu’une heureuse gravité. Le synthétique se trouble de pianos qui entrelacent les modernités des années 20 et le minimalisme des années 60. Ce jeu de réponses et de compatibilité se prolonge jusque dans la déclinaison de la percussion, qui accepte de se séculariser en de rares endroits, relevant d’une touche électro discrète la fin de l’album. Pour solides qu’ils soient, les nappes et le piano soufflent la brume froide et laissent une étrange impression de légèreté, qui élève l’auditeur jusqu’à ce fameux point de suspension. La façon dont cette buée d’harmoniques se détend, dont le drone se déprend des percussions et ondule comme au miroitement d’une vaguelette d’été, rappelle le geste de Paul Schütze, qui pourtant peuple chacune de ses réalisations, sans équivoque. Le même esprit, mais spectral, habite ce travelogue, drame sans protagoniste, rappel au Scribbler de Shinjuku Thief. Death is the mother of beauty, un album d’Autopsia déjà ancien et éreinté d’écoute, me revient en mémoire, autre évocation de la ruine débarrassée de toute qualification morale, restaurée dans sa symbolique de rénovation de la vie, du monde. Je ne peux m’empêcher de rapprocher ce titre du courant qui irrigue profondément Narcisse & Goldmund, le magnifique roman de Hermann Hesse. L’époque et le lieu en sont bien différents mais Radical machines and night landscapes est une autre de ces réalisations qui doit tant au Romantisme, qui voit en la mort une force de vie, qui avant de l’achever, la traverse et la nimbe, telle la nappe mélancolique et insaisissable.

Denis Boyer

2009-02-22