Wire – Object 47

Pink Flag / Differ-Ant
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Cette nouvelle réunion de Wire – mais peut-on vraiment considérer que le groupe s’était “séparé” depuis 2004 ? – s’est faite sans Bruce Gilbert. L’homme au visage de glace, aux émulsions noise débordant hors du groupe dans de nombreuses expériences en solo ou en compagnie, la moitié de Dome en compagnie de Graham Lewis, la part d’ombre de Wire pour risquer une image rapide, n’a pas souhaité participer à Object 47. Et malgré le détachement qu’affectent de montrer ses coéquipiers, son absence n’a rien de naturel pour un groupe à la composition aussi stable (seul le départ de Robert (Gotobed) Grey dans les années 90 avait déjà perturbé l’édifice, jusqu’à la reformation de 2002). Il n’y a pas à regarder loin pour remarquer que les titres des morceaux d’ouverture et de clôture de l’album, One of us et All fours, peuvent résonner comme une allusion à cette absence. Dire que la noirceur de l’album précédent, Send, s’est allégée, n’a rien de risqué. Le rock sombre et dur de Send, unissant les plus belles intensités du groupe à celles de Big Black et Joy Division, avait sonné comme une leçon de pesanteur et d’harmonie, à l’avantage de la première. Le rapport s’inverse aujourd’hui, prolongeant d’une certaine manière les belles façons de cet album de génie que fut 154 en 1979. Les mélodies froides et pop en même temps, abreuvant un punk rock nerveux (les chansons All fours, Perspex icon), les chants partagés entre la voix éternellement jeune de Colin Newman et celle considérablement épaissie de Graham Lewis, sont tout de même densifiés par le son des deux instruments rythmiques batterie et basse qui s’est conservé depuis Send. La guitare de Colin Newman, parfois écho de ces années où elle contribua à fonder les gimmicks new wave, s’est aussi beaucoup nourrie de son expérience au sein de Githead (avec Scanner et la section rythmique de Minimal Compact), naviguant ainsi entre les arpèges mélancoliques et les riffs funk retenus (Four long years, Are you ready?). Lumière argentée et oxydations noirâtres alternent et se mêlent dans l’album, qui montre une application moderne et renouvelée d’un équilibre de lumineux et de sombre au profit d’une remarquable qualité mélodique. Ce n’est pas à proprement parler un retour aux sources car ces sources, Newman, Grey et Lewis l’ont compris, ne sont pas de celles que l’on met à sec, mais où l’on s’abreuve périodiquement pour reprendre le voyage.

D.B.

2008-09-15