Tzolk’In – Haab’ / Fractional – Come mierda / Thermidor – 1929

Ant-Zen
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Brume Records


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Il y a maintenant quelques années que le projet de collaboration entre Flint Glass et Empusæ s’est initié. Les deux formations partagent déjà le goût pour un corps hybride, où les rythmes électro-industriels, les mélodies synthétiques minimales et les basses séquencées ne forment que l’ossature parfois enfouie. Mais surtout elles ont en commun de savoir habiller de peau, de vapeur et de sombres nappes cette musique qui sans cela semblerait bien asséchée. En s’associant sous le nom de Tzolk’In, les deux musiciens ont d’abord privilégié la peinture vaste et sépia d’un paysage qui hésite entre le couchant et le levant, des nappes et des sons de cuirasse, échos attristés d’une bataille qui vient peut-être de faire rage. A ce stade, la comparaison avec Shinjuku Thief est inévitable et l’on se rappelle que Darrin Verhagen lui-même n’avait pas hésité à décliner ses panoramas cinématographiques au mode électro dans Shinjuku Filth. Mais au fur et à mesure de la progression des titres, le rythme se fait plus appuyé et il est impossible de ne pas évoquer deux autres figures tutélaires que sont Delta Files / Imminent Starvation et Black Lung. Le premier album de celui-ci, Silent weapons for quiet wars, mêlait lui aussi mélancolie et inquiétude sur fond d’une électro fantomatique, déjà dissipée. Ce n’est pas le cas de l’album Haab’ qui toujours se repeuple en rythme et en mélodies les chevauchant. G. Trémorin, l’homme de Flint Glass, est aussi le label manager de Brume Records, où il sélectionne, pour la plupart, des disques présentant les caractéristiques hybrides décrites plus haut. L’une ou l’autre peut se trouver en position de force. Dans l’album de Fractional, ce sont la mélodie épique et le travail de ciselage rythmique qui illuminent les compositions. Il s’agit d’un montage plus explicitement moderniste, ponctué de brillances electronica. Le talent mélodique de Pierre Rémy, seul musicien de Fractional, est certain, qui organise les cascades de pianos synthétiques au-dessus des chutes breakbeats et des séquences basses, comme autant d’irisations dans l’eau suspendue. Ce n’est pas le seul de ses terrains d’exercices, le futur fantasmé se peint aussi, où les véhicules flottants réverbèrent ceux qui grouillent sur la chaussée. Le deuxième titre, Ceras, illustre cette vision, irisation toujours, dans les babillages chromés et les courbes ouatées. L’album s’entend ainsi, toujours gorgé de lumière, jusque dans ses recoins les plus sombres, suivant en quelque sorte les plans d’Architect. A l’inverse presque, l’autre tendance de Brume Records, plus ambiante et organique (comme les magnifiques compositions de De Mange Machine), s’illustre sur le disque de Thermidor, co-produit par le label portugais ThisCo. Inquiétude filmique sur scènes humides de krach boursier revisité. Superbe ondulation de synthétiseur bleuté, voix slaves, saturation granuleuse, la moiteur s’élève du sous-sol mais les bourdonnements descendent bien des airs, d’un ciel obscur qui dissimule aussi le survol d’avions ennemis. Dark ambient très figuratif, la musique de Thermidor doit beaucoup à Lustmord mais plonge bien plus avant dans les sons choisis. Elle est aussi bien plus terrienne. Mais comme celle du maître américain, elle utilise l’évocation des éléments pour se rendre plus tactile, et augmenter l’angoisse que crée sa composition. Les quelques réverbérations moins lisses, plus industrielles, frottements, sifflements, appartiennent au tableau global et n’y sont pas des intrus, mais des saillances. Et toujours ce survol nocturne, cet essor de la vague qui s’épaissit et chauffe, et crée en un même mouvement sa pulsation sourde et son émanation mélodique.

D.B.

2008-09-15