Lull – Like a slow river

Glacial Movements
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Il y a eu cet album d’Andrei Samsonov, Void in (sur Mute Parallel Series), qui exprimait littéralement le cours d’une rivière sous la glace. Elle diffusait sa propre lumière, loin de la surface qui était un autre état de sa matière. Mick Harris lui, en tant que Lull, a préféré depuis le début les courants abyssaux et la progression dans une totale obscurité. A peine y croise-t-on quelques créatures phosphorescentes. Autrement, c’est symphonie de la haute pression, et vrombissement d’une mélancolie de fond des mers – rumbling, rumbling, rumbling. Puis, parenthèse de plusieurs années, Mick Harris se consacrant pour l’essentiel à Scorn – Lull se réactive le temps d’un travail plus électroacoustique que nous avons publié en 2001. Aujourd’hui, les premières façons sont remises en œuvre. Mais on a récemment lu que Like a slow river ne marquait que trop peu de différences avec ses disques des années 1990 (Journey through underworlds, Dreamt about dreaming, Continue, etc.). C’est faux, la façon ne signifie pas la forme, mais le geste. On ne peut reprocher à l’artisan d’avoir dompté son tour. Si les premiers disques louvoyaient dans les abysses, Like a slow river est véritablement le chant d’une eau douce et encore doucement engourdie par la banquise qui la couvre. C’est un disque d’après une débâcle tranquille, d’une fonte patiente qui éclaircit le vrombissement et crée, par étrange phénomène de remontée, de beaux courants d’air glacés. Ce drone magnifique, débarrassé du sel et chargé de lumière, ne chante pas encore son courant, mais il réverbère le bleu de la glace qui le couvre, caressée de soleil. Ces chants sont comme de douces vibrations de métal transformé en souffle bienveillant. On pense comme souvent à Thomas Köner, dont les premiers travaux furent publiés simultanément à ceux de Lull. Ici, pas d’éclosion, mais une même rumeur de neige, un vague de lumière poudrée. Cymbale frottée peut-être, n’oublions jamais que Mick Harris est avant tout un batteur d’exception et que ses gestes peuvent revenir en de singulières résurgences. Fil de lumière donc et, au-dessous, le plancher océanique qui rugit à l’unisson puis élève de vastes tremblements, portant plus près de l’affleurement les vagues argentées. Ce sont elles qui confirment encore la débâcle, se chargent de couleurs, du bleu à l’orange pâle, montrent la voie de la rivière, dont on saisit avec émerveillement le lent réveil.

D.B.

2008-09-15