Opitope – Hau

Spekk / Mochi Mochi
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Le label japonais Spekk s’est construit, notamment grâce à la compilation Small melodies qui est un quasi-manifeste, une esthétique large mais très exigeante quant aux conditions de densité et d’éclairage. Ce petit monde qui compte déjà une douzaine de références est celui de la cascade d’harmoniques ponctuée d’éclats numériques, du fantôme mélodique dans la corde jouant l’abstraction, ou au contraire de la mélodie minimaliste mais accomplie dans le drone d’orgue. Les sons d’Opitope, duo japonais, sont tout cela et plus encore. Rappelons-nous que la lumière se rapatrie depuis tous les points du paysage. Ils sont l’automne et le printemps, le zen et la naissance. Ils sont l’écho de Stephan Mathieu, de Mitchell Akiyama et de Michael Nyman, ils sont la pluie et les oiseaux. En cela, ils sont une autre synthèse merveilleuse de l’esprit musical dont le label se veut une fenêtre. Chaque morceau de l’album est en même temps épiphanie d’orgue et condensation opérée par l’agrégation des crépitements, des gouttes de rosée qui forment mélodies. Un nuage, et la languette de bois qui claque sans fatigue contre la roue des sons minéraux se trouve au centre de la musique, comme sous le coup d’un incalculable effet climatique. Ailleurs, ce sont les cordes (piano, guitare) qui timidement suivent le pli des vaguelettes. Elles emmènent, telles les glissades de la tipule, les tintements de quelque carillon résonner jusque dans la pièce encore sombre de la nuit. Le bruit des pas, du fauteuil que l’on balance jouent une autre symphonie d’insectes. Cette intimité ne sait se penser hors de la musique, et cette musique ne sait séparer les sons de l’instrument et les bruits du monde. C’est une haute expression de l’harmonie personnelle.

D.B.

2008-04-17