Reformed Faction – The war against…

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Reformation parallèle à Zoviet*France, deuxième canal historique en quelque sorte, cette Reformed Faction, constituée de Robin Storey et Mark Spybey (Andy Eardley avait participé au premier album), s’entend comme la manifestation profondément poétique d’un sentiment politique. The war against… ou la réflexion sur la recherche d’un bouc émissaire qui, depuis la fin de la Guerre Froide, prend de multiples visages. Et quel plus solide enracinement pour deux vétérans de la navigation cosmique que les percussions qui, pleuvant ou s’élevant, forment des accroches au sol. La musique de ces maîtres de la musique industrielle se sécularise ainsi dans les tournants rythmiques qu’elle adopte. Le monde éthéré de Robin Storey / Rapoon, les mortes voix dans les ondes de Mark Spybey, s’accrochent et se diffusent depuis des séquences de percussions ethniques pour les unes, industrielles grises pour les autres. We develop grey, l’un des slogans de Reformed Faction, ou la position (le positionnement) d’une musique dans une zone de gestation mélodique, d’affinage des contours. On y voit naître et se préciser des formes que l’on ne peut pas qualifier assurément de mélodiques mais qui ont déjà quitté le champ de l’informe, de l’abstrait : peut-être simplement primitives, primordiales. Car il faut se ranger hors de l’histoire – ce qui ne sert sans doute pas le propos de Reformed Faction – apercevoir dans ces dessins de saccades telluriques, argileuses ou métalliques (mais d’un métal natif) un primitivisme chamanique et intemporel, une série de gestes et de textures qui se placent dans un premier temps à distance de tout lien circonstancié, dans le roulis tectonique plus que dans la transe cultivée qu’évoque d’abord leur écoute. Mais la musique de Reformed Faction est aussi, rappelons-le, en plus de ces sinus granuleux et de ces souffles de vent chaud, un lieu de passage postindustriel. C’est ainsi que l‘on entend des manipulations de voix à effet inquiétant comme un enregistrement perdu et déréglé trouvé après une très grande catastrophe. Beaucoup d’autres détails accentuent le ton de ce paysage vers celui du métal rongé : palpitation de galène, effritement en bordure, échos égarés une fois lancés, résonance humide et fragmentaire comme une mémoire oxydée. Il sera parfois aisé, parfois moins, de reconnaître la part de chacun des musiciens dans la plupart des compositions : les ondulations d’harmoniques célestes pour Storey, le grésillement des ondes pour Spybey. Ils s’accordent, comme ils le firent jadis, et c’est un monde à la fois inquiet et prometteur de lumière (la fin du tunnel) qu’ils établissent. Sur ce disque, la marque, le chiffre de chaque artiste est à calculer, ils s’équilibrent souvent, et c’est dans ce sens une représentation à peine métaphorique de notre époque.

D.B.

2008-03-15