L’Objet – Monorail

Structure
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Les frères Harpagès qui, sous leur propre nom ou sous le pseudonyme improbable de Tobby Jones vs Grumber Julos avaient montré jusqu’à quel point les allongements de cordes pouvaient les émouvoir, ont décidé de redonner aux guitares une expression plus conventionnelle, un exercice où post-rock et réminiscences Kraut et cold wave forment la structure de la musique. Sous l’appellation minimale de L’Objet, en compagnie d’Arnaud Boulogne, ils ont publié un premier disque homonyme, sorte de laboratoire où la formule ne semble pas encore fixée. Puis, ils ont affiné les dosages et centré leur expression sur la répétition – ce qui n’est que peu étonnant au regard de leurs exercices de musiques ambiantes et statiques. Comme une contrepartie de leur bouillonnement lumineux, cette chimie paraît d’abord un peu sèche, décharnée autour des caisses claires tyranniques. Elles imposent à la guitare et à la basse des ritournelles entêtantes qui au départ ne paraissent viser aucune résolution. Mais rapidement, de légères digressions interviennent, en même temps que l’on fredonne déjà le motif de mélodie simple que la boucle répète. Une fois ce principe en germination, les effets lui donnent des branches, des bifurcations mélodiques changent légèrement la teinte, tantôt grise, tantôt rougeoyante. La plus belle réussite de ce court album est certainement le troisième morceau, éponyme, où différentes températures influencent les déclinaisons du motif principal, basse et batterie en mélancolie post-Cure et guitare souvent en développement d’arpèges : elles trois parviennent sur ce long morceau à décrire les nombreux paysages, plats ou escarpés, que l’on aperçoit depuis le monorail en course, jusqu’à une dépression au bout de quelques minutes, une apogée prématurée du morceau dans un bouillonnement, une pseudo-fin bien plus belle que sa véritable conclusion, abrupte, sans cicatrisation. Quoi qu’il en soit, le morceau est méritant pour ses vertus voyageuses, sa lente hypnose, son élévation jusqu’en apesanteur, son humble beauté mélodique polie comme sur un tour de potier. C’est peut-être cet objet que poursuit le trio, fruit d’un patient artisanat.

D.B.

2008-03-15