Contagious Orgasm – Ripple

Ant-Zen
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Ripple, l’ondulation – il n’y aurait sans doute pas de plus beau nom pour ce nouvel album de Contagious Orgasm, qui s’est créé sous une belle carapace rutilante, aluminée, plutôt inédite dans la discographie de Hiroshi Hashimoto, où les appendices et leurs flexions laissent habituellement voir les flots d’humeurs compliquées qui les traversent. Ici, c’est l’habit d’automate et les rotules d’acier qui articulent, paradoxalement, la composition qui depuis tant d’années figure le fluide vital et ses images. Ses métaphores familières (ciel, eau, lacis…) ressurgissent, mais moins souvent, elles sont lissées et forcées de s’adapter à la forme mécanique. Il en est pourtant une qui, loin de se soumettre, gouverne encore toute la musique du Japonais, parce qu’elle lui est consubstantielle : le flot, le flux. Qu’il soit organique, minéral, technologique ou cinématographique, il constitue la façon de vie musicale vue par Hiroshi Hashimoto Mais Ripple, l’ondulation, est un flux aligné sur une progression géométrique, et non la musique d’un monde peint sous le filtre surréaliste de la polychromie et de l’exagération des proportions. La dramatisation ici doit s’accommoder des sévères quinconces de déhanchements robotiques. Pour placer ce disque, l’un des meilleurs et plus puissamment évocateurs de Contagious Orgasm, dans la perspective d’un autre, The flow of sound without parameter, qui partage les mêmes qualités au final mais en empruntant des chemins tout différents, Ripple est The flow of sound WITH parameter. Etant entendu que les réglages ont toujours été présents mais que cette fois leur structure est exposée. On sait l’amour d’Hiroshi Hashimoto pour les oeuvres fondatrices de l’esthétique musicale industrielle, particulièrement les plus oniriques d’entre elles (nées de NWW, TG…) ; on entend sur Ripple comme un hommage à d’autres naissances, comme celles de Kraftwerk, relayées par Cabaret Voltaire ou Ikeda : crépitements disciplinés, babillages technologiques, rotation de locomotive, élasticité de la basse chromée, écho rutilant : c’est tout un métallique instrumentarium virtuel qui est livré à la composition psychédélique d’Hashimoto. Et, à l’évidence, ses teintes sciemment empruntées décident ou influencent l’exécution, jusque dans les recoins où ils n’ont apparemment que peu de prise, des morceaux plus organiques ou acoustiques tel le funèbre et minimal Penetration qui, dans ses libérations de tension par roulement de tambour, invoque les crispations d’Einstuerzende Neubauten. Clochers lointains, voix et gémissements s’accordent à l’anguleuse esthétique du disque. Savoir si ce beau dosage est appelé à se stabiliser dans Contagious Orgasm… Après tout, c’est toujours au cœur de cette musique affaire de contamination, de contagion patiente… et d’assimilation.

D.B.

2008-03-14