Clément Édouard – Dix Ailes

three:four records / Coax Records https://wearethreefour.bandcamp.com/ www.collectifcoax.com Souvent, des dispositifs acoustiques, des artifices informatiques, des manipulations analogiques, ont permis de troubler l’écoute au point de faire perdre l’origine du son. Quelle est sa source ? Insensiblement, c’est une question qui a pu apparaître – pour qui se la pose, ou a pensé à se la poser – je pense, d’une part avec la musique concrète, ensuite avec la musique minimaliste, puis avec la musique électronique coïncidant avec les premières expériences profondes effectuées sur les cordes de guitare. À cela deux raisons principales sans doute : d’abord porter le registre des objets sonores, potentiellement musicaux, vers une quasi-infinité, ensuite faire quitter ses a priori à l’auditeur. De Pierre Schaefer à Francisco López, de Terry Riley à Richard Chartier, de Nurse With Wound à Brume ou Lionel Marchetti, d’Éliane Radigue à William Basinski, peut-on encore les compter, ceux qui nous ont déroutés sur leur océan de sons ? Mais il […]

Fovea Hex – The Salt Garden III

Headphone Dust / Die Stadt www.janetrecords.com Dans son roman inachevé Henri d’Ofterdingen, Novalis faisait rencontrer au jeune homme un vieux mineur (en qui on a pu voir Goethe) qui lui dit son bonheur d’avoir vécu cherchant le filon brillant dans le noir : « Savoir où se trouvent les puissances métalliques et les extraire lui suffit ; mais leur éclat éblouissant ne peut rien sur son cœur pur. » De la même manière je pense, la recherche de l’éclat, sa mise au jour dans la forme la plus modeste de la révélation, voilà la récolte du jardin salin de Fovea Hex. Autour de Clodagh Simonds, se dévoile la troisième et ultime parcelle du Salt Garden conservant les équilibres des deux premières parties : cristallisation, solidification de l’éther. Aussi bien que les charges électriques du sol et du ciel s’attirent, la musique de Fovea Hex opère la liaison permanente entre la terre et le soleil. Là prend forme son pastoralisme, […]

O Yuki Conjugate – Sleepwalker

Auf Abwegen www.aufabwegen.com https://oyukiconjugate.bandcamp.com/   Dans Le Cœur des ténèbres, Joseph Conrad écrit « Je me fais l’effet d’essayer de vous raconter un rêve et de n’y pas réussir, parce qu’aucun récit de rêve ne peut rendre la sensation du rêve, ce mélange d’absurdité, de surprise, d’ahurissement dans l’angoisse qui se révolte, cette sensation d’être en proie à l’incroyable, qui est l’essence même du rêve. » Il faut sans doute pour pareille tâche se séparer des mots, s’exprimer sans eux. La peinture peut y parvenir, et plus encore sans doute, la musique. Il y a toujours eu de l’onirisme une fréquentation certaine dans la musique du groupe anglais O Yuki Conjugate, bien longtemps déjà avant qu’il ne s’affiche avec le titre Sleepwalker (« somnambule »). Les profondeurs aquatiques (Undercurrents In Dark Water), les expériences stupéfiantes (Peyote), le cœur de la forêt (Equator, Tropic…) en ont ouvert divers chemins. Aujourd’hui, en prolongement de toutes ces dérives, l’errance du rêve se […]

Sphyxion – 2

Zoharum www.zoharum.com La musique du duo Maninkari pourrait se limiter aux paysages déjà très vastes du drone, de l’Orient fantasmé, de l’ambient organique. Mais elle occupe dans sa forme et dans son esthétique un canton illimité de ce territoire : celui du rêve. Alors, elle peut doucement muer, varier ses pentes et emprunter le tour électronique si cela lui chante. C’est ainsi la deuxième fois que les frères Charlot quittent l’habit Maninkari pour revêtir celui de Sphyxion. L’ambition est de donner une vision très personnelle, soumise à des gestes particuliers, d’un style que l’on peut nommer minimal wave. Les rythmes, engendrés par la machine, éloignent du liquide qui hydrate les compositions de Maninkari ; ici ce sont des fluides métallisés qui circulent, huilent une boîte à rythme claudicante mais sans prééminence. On pourrait, par endroits, se croire dans l’atelier de Myiase, voire Into the Reactor. Car avant tout, les rutilances dominent. Là c’était le cymbalum, ici […]

Troum – Transformation Tapes (2 CD)

Transgredient Records https://www.dronerecords.de/ Troum est un duo allemand que connaissent bien les habitués de ces pages, électroniques ou physiques. C’est un groupe des plus important dans l’édification des courants qui inspirent Fear Drop et nos parcours respectifs se sont croisés de nombreuses fois. On sait, lorsqu’on aime Troum, combien leur musique est profondément humaine. Son romantisme moderne (n’ont-ils pas placé l’une de leurs trilogie sous l’enseigne « power romantic » ?) se nourrit du rêve comme de toute vie d’un esprit sans contrainte. En quelque sorte révélation, leur bourdon d’harmoniques – le plus souvent issu de cordes, mais aussi de voix, d’accordéon… – exhale une mélancolie primitive qui fait vibrer jusqu’à la respiration. Cold wave, drone, musique industrielle, expérimentations concrètes se mêlent en un très humble atelier onirique (Troum est un équivalent ancien de l’allemand Traum, le rêve.). Un tel voyage nocturne relève de la navigation, et le sentiment océanique habite un grand nombre de leurs œuvres. C’est […]

Michael Begg – Titan: A Crane is a Bridge

Omnempathy www.omnempathy.com  A Crane is a Bridge, une grue est un pont… Michael Begg ne s’est pas tant éloigné de sa pente nocturne qu’il y paraît. Commissionnée pour l’exposition festival Sonica, l’installation Titan: A Crane is a Bridge a été présentée à Glasgow à la fin d’octobre 2017, au sommet d’une grue Titan haute de 150 pieds. Des harpes éoliennes installées et captées en temps réel, un traitement électronique et plusieurs autres cordes ont servi de matériau à cette œuvre composée de six morceaux. Deux d’entre eux sont directement intitulés Aeolian Harps, le vent qui y souffle n’est pas l’ouragan qui dévaste, c’est un vent calme, d’altitude naturellement, mais qui sait se lover, se détendre, et tous ces mouvements impriment sur les cordes qui font vibrer pareillement l’oreille, une tranquillité inclinant à la rêverie, et de la rêverie au rêve il n’y a souvent qu’un pas. La nuit s’ouvre, soutenue par l’obscurité de toutes les […]

Janek Schaefer – Glitter In my Tears

Room 40 www.room40.org  Je n’ai jamais pu penser la musique de Janek Schaefer autrement que comme mélancolique et lumineuse dans le même temps. Glitter In My Tears peut s’entendre en ce sens comme un manifeste confirmant ces dynamiques, un pont entre nuit et jour. Zone liminale de choix, la musique de Janek Schaefer est un crépuscule encore très solaire, un triomphe de l’astre dénudé, aux portes du sommeil, projetant ses rayons les plus rosés, carnés. L’artiste nous dit que l’album est une collection, réfléchie et raisonnée, composée « au cours des dix dernières années, quand la plupart des gens dorment dans le noir alors que les plus chanceux dansent encore sous la lumière. » Ces moments brumeux, intermédiaires, J. Schaefer les traduit par les longs fuseaux d’harmoniques dont il est un des principaux artisans, par la qualité d’un souffle qui emprunte au vent sa profonde sensualité et sa virtualité voyageuse, par les crépitements qui minéralisent la fontaine […]

Fovea Hex – The Salt Garden II

Headphone Dust / Die Stadt www.janetrecords.com  Il est des histoires fantastiques dans lesquelles on rêve chaque nuit du même monde, dont le décor change insensiblement, où les mêmes êtres sont présents, des rêves qui portent une vie parallèle. Mais enfin, pour que celle-ci se distingue de la vie réelle, il lui faut un goût, une densité, une couleur, une hygrométrie, que sais-je encore qui, combinés ainsi, ne se rencontrent que dans l’imagination, en un mot il lui faut cette étoffe du rêve. Ainsi du Little Nemo de Windsor McCay, ainsi de La Cité des songes de Rudyard Kipling…Un rêve qui n’échappe plus sans pourtant se laisser domestiquer, un rêve dont on est l’habitant… Il en est de même de la musique de Fovea Hex, ce groupe formé autour de Clodagh Simonds. Une première trilogie, Neither Speak nor Remain Silent, où se réalisait le koan zen (« Ne parle ni ne te tais »), une musique véritablement logée […]