2kilos & More – Exempt

Audiotrauma / Ant-Zen

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Ce n’est peut-être pas un hasard si les pochettes de 2kilos & More ont toujours évoqué un kaléidoscope, ou même le doux télescopage de formes et de couleurs, car on trouvera dans la musique du duo des lignes croisées, des bifurcations de genre, de rythme, de timbre, de source, sans qu’à aucun moment il s’agisse de collage. C’est vraiment l’hybridation des cordes et des touches, du rock et de l’électro expérimentale, cette dernière habillant et traitant l’autre subtilement. Je ne prétends pas que le duo invente une démarche, loin de là, mais qu’il la maîtrise. Il est, aussi bien, riche d’autres dualismes : homme / femme dans leur constitution, France / Allemagne dans leurs lieux de résidence.

L’album Exempt reprend, comme souvent ses prédécesseurs, une rythmique aux allures mécaniques bien qu’organiques, qui rappelle Can. Hugues Villette, moitié de 2kilos & More, désormais multi-instrumentiste, est avant tout batteur, et l’expérience de la radicalité rythmique, du retranchement post-humain a dû l’intéresser. Sur ce treillage rythmique, que l’on pourrait qualifier de métallique corrodé, se greffent les efflorescences rêveuses, incroyablement libres dans leurs formes et pourtant mesurées de telle manière à assurer la signature du groupe : les résonances de synthétiseur, les guitares claudicantes de Séverine Krouch, autre moitié du duo, les allongements du temps dans les effritements d’électro grise. Mais jamais, malgré l’érosion qui fait paraître les îlots ambiants sous la bielle, la tension ne s’effondre, rares sont les collapsus, et l’on note cet engouement pour l’épopée, que l’on avait déjà souligné chez des voisins de label, aussi différents en apparence que Nao et Sonic Area. Voilà pour l’étendue. Pour la chaleur, et la moiteur, on entendra l’apparition attendue du compagnon de route, Black Sifichi dont la voix fait aussitôt tomber la nuit de sa narration sur la musique, et la peuple d’une troisième âme.

Ce dualisme rock / électro ne provoque pas de heurt, mais tisse et croise les motifs bigarrés. Et ainsi, à la manière des tableaux Bazooka les plus colorés (Kiki Picasso…), chaque morceau est plaisant quoique venimeux, à l’exception peut-être du deuxième morceau, Wieder, peut-être trop convenu parce que presque uniformément électronique, ce qui dénote ici (même s’il reprend à l’arrière-plan une phrase de guitare similaire à celle de son prédécesseur).

Ainsi, ce n’est pas du spectaculaire que l’on trouvera dans cette hybridation, mais du méticuleux (le froufroutement, l’écho…). C’est peut-être l’héritage mêlé des influences rock comme celle de Sonic Youth, de Labradford ou de l’electronica warpienne. Les forces ne provoquent pas de heurt à leur rencontre, mais une sorte de tranquille entropie, et beaucoup des sons les plus étranges, des gestes les plus aventureux, sont exécutés dans le sens de l’harmonie.

Denis Boyer