Bass Communion – Sisters Oregon (10’’ EP)

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Substantia Innominata

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 Pas plus que le EP Dans la montagne de Lionel Marchetti, qui fut construit exclusivement d’enregistrements pratiqués dans une salle de kendo, Sisters Oregon de Bass Communion ne justifiera sa musique par son titre (renvoie-t-il aux trois montagnes de Sisters, ville de l’Oregon ?). Bass Communion est sans aucun doute le projet le plus rare de Steven Wilson. Qu’il enregistre seul ou dans la complicité (Robert Fripp, Muslimgauze, Vidna Obmana…), Steven Wilson réserve à Bass Communion sa part la plus mystérieuse, la plus nocturne, la plus aveugle. Examen de la vague d’agate qui refroidit le courant de nuit, cette musique que l’obscurité ne suffit pourtant pas à définir, joue considérablement du temps, jusqu’à frôler la mort comme sur le grave Loss, publié il y a quelques années par Soleilmoon (label basé dans l’Oregon…). Aussi bien, Steven Wilson n’a-t-il pas déclaré que sa principale influence pour Bass Communion est le magistral double album de Tangerine Dream, Zeit, publié en 1972 et marquant indubitablement l’origine de ce qu’on nomme désormais dark ambient ?

Les deux faces de cette nouvelle page du codex Substantia Innominata (division du label allemand Drone Records) peuvent bien être composées en partie avec des sons extraits de chœurs masculins, elles sont portées par un chant céleste et chtonien dans le même temps, un paradoxe de lumière sombre : le fuseau se déforme légèrement autour des menues scories qu’il charrie, et s’éploie dans son étagement d’harmoniques, la luminescence du drone le plus subtil. La deuxième pièce débute ainsi en parfaite suspension, magnétisée également par le haut et le bas, ondulant aimablement dans le jour décroissant, absente peut-être au regard de celui qui reste inattentif aux vibrations secrètes du monde. Pour les autres, la navigation mène au retour des fantômes de voix, rappelant tant les pionniers allemands précités que le Lux Aeterna de Ligeti.

C’est un exercice peu aisé que réussit chaque fois Steven Wilson quand il s’incarne en Bass Communion, et ce retour le confirme : il explore les innombrables variations du gris, suspend dans cette décomposition harmonieuse les fibres du temps, les détend, les tisse, et les déploie dans son irradiant espace intérieur.

Denis Boyer