The Necks – Open


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L’art de la boucle doit autant à Brian Eno qu’aux minimalistes. Sur tous ses disques ambiants, il a su, avec ou sans artifice, mimer la suspension du temps, dans la répétition ou l’allongement de l’harmonique. On ne saurait ainsi oublier ce que Plateaux of Mirror (Ambient 2) réalisé avec Harold Budd a ouvert comme possibilités dans ce champ, offrant au piano, en naviguant auprès de Satie d’une certaine manière, un rôle important lors de la fabrication du ralentissement résonant. Dans le trio The Necks, c’est Chris Abrahams, au piano, qui dans son miroitement évoque les plateaux. Mais les deux autres musiciens, Lloyd Swanton (basse) et Tony Buck (batterie), ont comme lui abandonné leur jazz pour, à la façon d’un Bohren und der Club of Gore diurne, égrener les notes dans leur plus pure réverbération à la façon d’une rosée parcimonieuse. Loin de mimer une impossible raideur, les tintements, les échos, les scintillements pratiquent la métaphore de l’immobilité en fixant la place du soleil que semblent refléter les instruments. Voilà la tentation d’immobilité à quoi les trois musiciens ont cédé, un jour sans fin éclaire ce babillage faussement minimaliste. Un relief, une profondeur et même une respiration y règnent, c’est le jeu de la percussion, sourde et vibrante, lointaine, offrant aux cordes un espace de déliement – la vibration telle qu’occasionnent l’effet stroboscopique de la dreamachine ou la ride du vent sur la surface réfléchissante de l’eau anamorphosant les cailloux du fond dont le nombre donne l’illusion de l’identique répété infiniment. La lente cascade du piano lie alors en un seul geste son, lumière et temps en une remarquable et discrète musique.

Denis Boyer

2015-02-22